[Cyric de Velena] - L'étoffe des héros est un tissu de mensonges
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[Cyric de Velena] - L'étoffe des héros est un tissu de mensonges
Cyric
Il y a 1 jour et 28 minutes

La liesse du banquet célébrant la fin du Grand Tournoi du Gévaudan n'était pas encore retombée lorsqu'il passa les grandes portes de l'Œil du loup. Bien que Sigmond l'accompagnait, il lui semblait voyager seul, seul avec les innombrables questions auxquelles il espérait trouver réponse. L'Ombrie était à quelques jours de voyage, et bien que tout aurait dû l'enjoindre à hâter la marche ; quelque chose en lui se repliait à mesure que le chemin se faisait. Il était né Valsonge, avait porté leurs couleurs, défendu leur blason, prononcé leurs serments, partager leurs secrets ; et aujourd'hui, on l'appelait à porter un autre nom. Sa tête pesait du poids des souvenirs de ces hivers passés dans le Val des Songes ; elle résonnait des voix, des rires, des sanglots, des soupirs et des silences de ceux dont il avait cru, toute sa vie, devoir partager le destin, pour le meilleur et pour le pire.
Il se sentait traître, et trahi.
Il se sentait traître, et trahi.
Les cuisants revers qu'il s'étaient vu infliger lors de ce tournoi l'avaient marqué, plus qu'il ne l'aurait imaginé, et sans doute plus encore qu'il ne l'imaginais déjà. Il aurait aimé pensé avoir manqué de cœur à devoir défendre une bannière qui lui était étrangère, il aurait aimé se trouver l'excuse de la désinvolture, mais il n'en était rien. La vérité était bien plus triviale, bien plus ordinaire, et par conséquent bien plus cruelle. Vingt ans d'errance à chercher le pardon et l'amnistie de juges qui étaient tous déjà morts, vingt ans d'errance pour commettre un crime plus abominable encore que celui qui l'avait fait chassé de ses terres, vingt ans a épuiser l'ardeur et la hargne. Ne demeurait que l'amertume, bien piètre à affermir la prise d'une épée ou l'épaulé d'une lance. Que restait-il de lui ? Un homme fatigué, borgne, défiguré, réveillé chaque nuit en sueur par le même épouvantable cauchemar ; un homme sans érudition, sans richesses, sans amis. Ombeline, es tu donc seule à ne pas voir ce que tous semblent voir ?
Et sans qu'il s'en rende compte, la silhouette des hautes tours de Serragone se découpaient déjà dans le contrejour de l'horizon.
Et sans qu'il s'en rende compte, la silhouette des hautes tours de Serragone se découpaient déjà dans le contrejour de l'horizon.
***
La rumeur du retour de l'héritier de la baronne se répandit comme une trainée de poudre. Les confidences les plus anodines des domestiques du palais se monnayaient dit-on à prix d'or. On voulait tout savoir de cet homme du Val - selon certain(e)s - dans les moindres détails.

Le plus clair de son temps était consacré à d'interminables entretiens avec la baronne de Velena, des entretiens qui se poursuivaient chaque fois jusqu'aux premières lueurs du matin. Si nul ne sait exactement la teneur et l'objets de ces longues conversations, on sait cependant qu'ils se livrèrent à de très nombreuses parties de jeu d'échecs. La majorité de ses nuits d'insomnies étaient elles consacrées à la bibliothèque, une salle dans laquelle on savait pouvoir le trouver plus sûrement que dans ses propres appartements. Cette routine perdura de longues semaines, ponctuée de rares passes d'armes contre les novices des chevaliers d'Amarante, lors desquelles il se familiarisait avec les "subtilités" de l'escrime d'Ombrie.

Le plus clair de son temps était consacré à d'interminables entretiens avec la baronne de Velena, des entretiens qui se poursuivaient chaque fois jusqu'aux premières lueurs du matin. Si nul ne sait exactement la teneur et l'objets de ces longues conversations, on sait cependant qu'ils se livrèrent à de très nombreuses parties de jeu d'échecs. La majorité de ses nuits d'insomnies étaient elles consacrées à la bibliothèque, une salle dans laquelle on savait pouvoir le trouver plus sûrement que dans ses propres appartements. Cette routine perdura de longues semaines, ponctuée de rares passes d'armes contre les novices des chevaliers d'Amarante, lors desquelles il se familiarisait avec les "subtilités" de l'escrime d'Ombrie.

Lentement, imperceptiblement, quelque chose changeait. D'abord, on le vit de plus en plus porter les couleurs de sa Maison. La mine farouche et maussade avec laquelle on l'avait vu arriver devint peu à peu en une expression austère, sérieuse, digne et impénétrable. Il fit couper ses cheveux, et tailler désormais soigneusement sa barbe. Auprès de sa grand-mère, dans les vastes salons du palais, dans la lumière du dôme, parmi les ouvrages de la bibliothèque, et grâce à tant d'autres choses encore, il apprenait, ce qu'était l'Ombrie, ce que l'on attendait de lui, les responsabilités qui seraient un jour les siennes, le poids des vies qu'il aurait entre les mains, la pérennité d'une lignée, la grandeur d'une Maison, les devoirs d'un Seigneur. Toutes ces charges que d'aucun nomment "privilèges".

Cependant, un mauvais chien pouvait-il faire un bon serpent ?