[Lenore] Tome V - L'Éveil du Cristal

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"Votre Grâce, que fait-on des roses blanches supplémentaires ?
- Il y en a trop. Mettez-les dans la serre."
Lenore regardait les décorateurs défiler, portant un à un les lourds pots de roses blanches. La serre de l'aile Est n’en manquerait pas, à ce rythme. Les fauteuils et tables en bois doré qu'elle avait commandés en plus finirent tout juste d'être placés, il fallut attendre pas moins de deux semaines pour les recevoir. Dans la soirée viendraient l'Akanthai et l'Escadron de l'Aigle, supervisés par son époux pour une visite des lieux qu'ils occuperont ce dimanche. Au centre de cette fourmilière d'ouvriers, elle se tenait droite, examinant chaque détail de cette vaste pièce, encore vide, qui n'attendait que l'afflux des invités pour la clôture du tournoi de Halone.
"Paltauquet, les banderoles, plus hautes !"
L’élezen obéit immédiatement, ajustant la hauteur des banderoles. Lenore zigzaguait entre les décorateurs, corrigeant ici un ruban, là un arrangement floral. Tout devait être parfait. Le personnel recruté pour cette occasion s’activait avec une efficacité presque mécanique. Ce n’était pas la précipitation qui guidait leurs gestes, mais l’assurance du travail bien fait. Ils travaillaient là depuis des semaines, depuis son retour du Tural, mettant tout en œuvre pour préparer cette soirée. Chaque jour qui la rapprochait de l'événement la rendait un peu plus nerveuse, mais elle s'efforçait à ne rien montrer.
"Je ne vous pensais pas si anxieuse."
Derek la ramena sur terre, venu se tenir à ses côtés. D'une main sur sa hanche, il la pressa contre lui.
"Anxieuse ? Moi ? souffla-t-elle tout en fixant l'élévation du grand lustre principal.
- Vous serrez vos gants avec une telle intensité que jamais je n'aurais cru ces fines mains capables d'une telle force."
Elle n'avait pas fini de se tourner en direction de son époux qu'elle sentit un boulet de canon lui passer entre les jambes pour se réfugier sous ses jupons. Alexander était encore en train de descendre avec l'aide d'une Mathilde exaspérée, mais Victoria, bien qu'elle ne comprenait rien à toute cette effervescence, adorait l'émoi et l'entrain que le changement de l'aile Ouest apportait.
"Navrée, mes seigneurs, la petite m'a complètement échappée des mains...
- Depuis que cette petite chipie sait marcher, elle n'en fait qu'à sa tête !"
Derek rit aux éclats en venant arracher des jupons de sa mère la petite maligne aux boucles d'or. Le sourire réprimé de Lenore ne parvint à dissimuler l'amusement dans son regard tandis qu'elle s'abaissa au niveau d'Alexander, bien plus calme que sa sœur, pour le prendre à son tour dans ses bras. L'idée de leur avoir appris à courir avant de marcher était une idée du père, qu'elle avait longuement qualifié de saugrenue et d'impossible, mais semblerait-il que cela eut fonctionné. Surtout pour Victoria qui s'en donnait à coeur joie.
La journée s'annonçait belle. Tout était sous contrôle, chaque élément soigneusement orchestré. Ils discutèrent toute l'après-midi des derniers préparatifs, un oeil sur chaque recoin de la salle, l'autre sur leurs enfants somnolant après un déjeuner bien copieux. Ils leur avaient promis une attention tout aussi particulière pour leurs prochains quartiers respectifs lorsqu'ils atteindront leur sixième année, de quoi les faire un peu rêver lors de la prochaine sieste à venir.
- Il y en a trop. Mettez-les dans la serre."
Lenore regardait les décorateurs défiler, portant un à un les lourds pots de roses blanches. La serre de l'aile Est n’en manquerait pas, à ce rythme. Les fauteuils et tables en bois doré qu'elle avait commandés en plus finirent tout juste d'être placés, il fallut attendre pas moins de deux semaines pour les recevoir. Dans la soirée viendraient l'Akanthai et l'Escadron de l'Aigle, supervisés par son époux pour une visite des lieux qu'ils occuperont ce dimanche. Au centre de cette fourmilière d'ouvriers, elle se tenait droite, examinant chaque détail de cette vaste pièce, encore vide, qui n'attendait que l'afflux des invités pour la clôture du tournoi de Halone.
"Paltauquet, les banderoles, plus hautes !"
L’élezen obéit immédiatement, ajustant la hauteur des banderoles. Lenore zigzaguait entre les décorateurs, corrigeant ici un ruban, là un arrangement floral. Tout devait être parfait. Le personnel recruté pour cette occasion s’activait avec une efficacité presque mécanique. Ce n’était pas la précipitation qui guidait leurs gestes, mais l’assurance du travail bien fait. Ils travaillaient là depuis des semaines, depuis son retour du Tural, mettant tout en œuvre pour préparer cette soirée. Chaque jour qui la rapprochait de l'événement la rendait un peu plus nerveuse, mais elle s'efforçait à ne rien montrer.
"Je ne vous pensais pas si anxieuse."
Derek la ramena sur terre, venu se tenir à ses côtés. D'une main sur sa hanche, il la pressa contre lui.
"Anxieuse ? Moi ? souffla-t-elle tout en fixant l'élévation du grand lustre principal.
- Vous serrez vos gants avec une telle intensité que jamais je n'aurais cru ces fines mains capables d'une telle force."
Elle n'avait pas fini de se tourner en direction de son époux qu'elle sentit un boulet de canon lui passer entre les jambes pour se réfugier sous ses jupons. Alexander était encore en train de descendre avec l'aide d'une Mathilde exaspérée, mais Victoria, bien qu'elle ne comprenait rien à toute cette effervescence, adorait l'émoi et l'entrain que le changement de l'aile Ouest apportait.
"Navrée, mes seigneurs, la petite m'a complètement échappée des mains...
- Depuis que cette petite chipie sait marcher, elle n'en fait qu'à sa tête !"
Derek rit aux éclats en venant arracher des jupons de sa mère la petite maligne aux boucles d'or. Le sourire réprimé de Lenore ne parvint à dissimuler l'amusement dans son regard tandis qu'elle s'abaissa au niveau d'Alexander, bien plus calme que sa sœur, pour le prendre à son tour dans ses bras. L'idée de leur avoir appris à courir avant de marcher était une idée du père, qu'elle avait longuement qualifié de saugrenue et d'impossible, mais semblerait-il que cela eut fonctionné. Surtout pour Victoria qui s'en donnait à coeur joie.
La journée s'annonçait belle. Tout était sous contrôle, chaque élément soigneusement orchestré. Ils discutèrent toute l'après-midi des derniers préparatifs, un oeil sur chaque recoin de la salle, l'autre sur leurs enfants somnolant après un déjeuner bien copieux. Ils leur avaient promis une attention tout aussi particulière pour leurs prochains quartiers respectifs lorsqu'ils atteindront leur sixième année, de quoi les faire un peu rêver lors de la prochaine sieste à venir.

Assise devant son bureau, Lenore savourait un rare moment de tranquillité. Derek recevait en ce moment même l'Akanthai et l'Escadron de l'Aigle. Elle les avait aperçus un peu plus tôt, agglutinés devant le grand portail à se saluer et commenter la beauté des jardins. Un demi-sourire satisfait se dessina sur ses lèvres en les sachant si nombreux. Ils étaient quatorze, si son compte était exact. Les invités afflueraient bientôt de toutes les contrées voisines, et il était rassurant de savoir qu'une équipe aussi grande veillerait à leur sécurité.
Tout était fini, mais il lui restait pourtant tant à faire. Au-delà du bal à venir qui était l'événement de la saison, les audiences de ses vassaux n'avaient eu de cesse de s'enchaîner depuis que les Valsonge et les Valdis s'étaient mutuellement rapprochés. Les deux maisons se tournaient autour comme des vautours, avides de savoir plus interdits les uns que les autres, mais elle devait d'abord penser à ses vassaux, coûte que coûte. Malgré la situation de l'Oeil du Loup, toujours en reconstruction, elle avait fait le choix d'avancer un peu d'argent pour le Monastère Valsonge. Revoir Célestin lui avait demandé du courage, mais le revoir avec une aussi piètre estime de lui-même n'avait fait que la pousser à agir pour son bien et celui de sa famille. Cette dette, il la lui revaudrait en temps et en heure. Pour l’instant, l’entraide était de mise, mais elle ne pouvait en dire autant du don pharamineux d’Adalheid.
Tout était fini, mais il lui restait pourtant tant à faire. Au-delà du bal à venir qui était l'événement de la saison, les audiences de ses vassaux n'avaient eu de cesse de s'enchaîner depuis que les Valsonge et les Valdis s'étaient mutuellement rapprochés. Les deux maisons se tournaient autour comme des vautours, avides de savoir plus interdits les uns que les autres, mais elle devait d'abord penser à ses vassaux, coûte que coûte. Malgré la situation de l'Oeil du Loup, toujours en reconstruction, elle avait fait le choix d'avancer un peu d'argent pour le Monastère Valsonge. Revoir Célestin lui avait demandé du courage, mais le revoir avec une aussi piètre estime de lui-même n'avait fait que la pousser à agir pour son bien et celui de sa famille. Cette dette, il la lui revaudrait en temps et en heure. Pour l’instant, l’entraide était de mise, mais elle ne pouvait en dire autant du don pharamineux d’Adalheid.
![]() | Elle soupira, le regard posé sur le document cacheté de l'emblème de Bertin. Cette somme couvrait l'entièreté des biens matériels et humains de Gévaudan tout entier. Jamais elle n'aurait espéré acquérir une telle somme auprès de ses alliés à qui elle n'avait demandé que des matières premières, comme avec le Lys d'Or, mais venant d'une famille aussi influente que la sienne avec qui le Loup Blanc n'était pas allié et qui ne demande rien en retour, si ce n'est donné 25% de ce don -déjà pensé pour les dépenser- à ses vassaux ? C'était absurde, au pire une insulte ou une provocation. Sait-elle au moins dans quelle situation délicate nous met-elle par ce simple geste ? Elle savait Adalheid naïve et profondément bonne, mais si elle disait vrai, le geste fut longuement étudié par son père le vicomte de Bertin et elle ne pouvait pas en dire autant de cet homme dont le père fut des pieds et mains pour "acheter" sa femme auprès d'une autre maisonnée en ruines. Contrairement à dame Pérelle de Bertin, elle n'était pas une propriété à acheter, ni elle ni sa mesnie par ailleurs. Après les Valdis, devra-t-elle faire un bras de fer avec les de Bertin ? |
Officiellement, les Riverhood n'avaient aucune dette envers les Bertin. Officieusement, cependant, ces derniers pourraient toujours le rappeler quand cela leur conviendrait. Lenore n’aimait pas cette situation, se sentir, même hypothétiquement, prisonnière d'une dette fantôme. Au fond, elle était prête à tout pour s’en libérer.
Un mariage arrangé entre la jeune Bertin et l'héritier des Valsonge aurait pu résoudre bien des problèmes, tout comme l'union du capitaine de Bertin avec son limier, Seluna. Hélas, ni l'un ni l'autre ne semblait possible. D'un côté, Lenore ignorait ce qui retenait Adalheid d’épouser Célestin. Malgré ses nombreuses excuses – son désir de rester la "petite fille modèle de son père" –, Lenore n’était pas dupe. Le regard d’Adalheid la trahissait, tout comme ses réactions : son cœur brûlait pour Célestin. De l'autre côté, le mariage d'Ermengard et Seluna soulevait d’autres problèmes, à commencer par la mère du capitaine, qui détestait viscéralement Seluna. Les rumeurs et la longue réputation de chasseuse de cette dernière avaient ancré un ressentiment profond chez la dame Bertin, qui avait manifesté depuis longtemps son opposition à leur union. Mais si Seluna devenait une Bertin, et donc vicomtesse, la situation se compliquerait encore pour Lenore.
Parmi tous ses vassaux et alliés, Seluna était celle en qui Lenore avait une confiance absolue. Sa loyauté, indéfectible, la rendait indispensable. Jamais elle la remettait en cause ; elle exécutait toujours au doigt et à l'oeil chaque ordre qu'elle lui donnait. "La chienne de garde des Riverhood", comme l'avait si gentiment surnommé cet idiot de Kurusu trop consumé par ses croyances insensées, portait paradoxalement très bien son surnom. D'un regard sur la Griffe du Loup trônant au-dessus de la cheminée, des images de la dernière bataille à Gévaudan lui traversaient l'esprit et la voix de Seluna lui revint en tête, un soir de tournoi.
Un mariage arrangé entre la jeune Bertin et l'héritier des Valsonge aurait pu résoudre bien des problèmes, tout comme l'union du capitaine de Bertin avec son limier, Seluna. Hélas, ni l'un ni l'autre ne semblait possible. D'un côté, Lenore ignorait ce qui retenait Adalheid d’épouser Célestin. Malgré ses nombreuses excuses – son désir de rester la "petite fille modèle de son père" –, Lenore n’était pas dupe. Le regard d’Adalheid la trahissait, tout comme ses réactions : son cœur brûlait pour Célestin. De l'autre côté, le mariage d'Ermengard et Seluna soulevait d’autres problèmes, à commencer par la mère du capitaine, qui détestait viscéralement Seluna. Les rumeurs et la longue réputation de chasseuse de cette dernière avaient ancré un ressentiment profond chez la dame Bertin, qui avait manifesté depuis longtemps son opposition à leur union. Mais si Seluna devenait une Bertin, et donc vicomtesse, la situation se compliquerait encore pour Lenore.
Parmi tous ses vassaux et alliés, Seluna était celle en qui Lenore avait une confiance absolue. Sa loyauté, indéfectible, la rendait indispensable. Jamais elle la remettait en cause ; elle exécutait toujours au doigt et à l'oeil chaque ordre qu'elle lui donnait. "La chienne de garde des Riverhood", comme l'avait si gentiment surnommé cet idiot de Kurusu trop consumé par ses croyances insensées, portait paradoxalement très bien son surnom. D'un regard sur la Griffe du Loup trônant au-dessus de la cheminée, des images de la dernière bataille à Gévaudan lui traversaient l'esprit et la voix de Seluna lui revint en tête, un soir de tournoi.
"Je ... je ne suis pas certaine que je puisse avoir un impact. Pas un sans que vous me brisiez le coeur.
- Mais encore ?
- Cela n'est pas évident ? Il suffirait que vous promettiez à leur mère de m'interdire d'épouser leur fils pour la rendre heureuse."
- Mais encore ?
- Cela n'est pas évident ? Il suffirait que vous promettiez à leur mère de m'interdire d'épouser leur fils pour la rendre heureuse."
Les sourcils de la vicomtesse froncèrent et elle se mordit la lèvre inférieure ; il y aura sacrifice, qu'importe la voie qu'elle empruntera. Les Valsonge étaient, en réalité, des cadeaux empoisonnés pour quiconque les marieraient. Néanmoins, il lui restait encore quelques cartes à jouer. Personne n'avait dit que le sacrifice se ferait forcément chez ses vassaux qui avaient d'ores et déjà tant sacrifié pour leur suzerain, mais ça, sa fille qui dormait paisiblement dans son berceau à côté de son bureau ne pouvait pas le comprendre.
Après avoir rangé ses documents, Lenore emporta Victoria jusqu'à sa chambre pour la replacer dans son berceau principal, non sans une caresse sur ses cheveux d'or déjà si long pour un bambin de deux ans. De retour dans ses quartiers, elle trouva sa chemise de nuit en soie étendue sur le lit, prête à être portée. Tout en nouant la ceinture immaculée tel un rituel, lent et précis, elle entendit l'écho des hommes de l'Akanthai et de l'Escadron de l'Aigle quittant la demeure. Enfin un peu de calme.
Après avoir rangé ses documents, Lenore emporta Victoria jusqu'à sa chambre pour la replacer dans son berceau principal, non sans une caresse sur ses cheveux d'or déjà si long pour un bambin de deux ans. De retour dans ses quartiers, elle trouva sa chemise de nuit en soie étendue sur le lit, prête à être portée. Tout en nouant la ceinture immaculée tel un rituel, lent et précis, elle entendit l'écho des hommes de l'Akanthai et de l'Escadron de l'Aigle quittant la demeure. Enfin un peu de calme.

Il était déjà tard lorsque, errant le long des couloirs, elle se dirigeait vers la salle de bal, vide et silencieuse. Elle ne trouvait pas le sommeil. Maudit soit son époux, même s’il avait raison ; l'anxiété la rongeait. Être seule au centre de cette vaste salle offrait quelque chose de magique. Elle profitait de la quiétude et de la fraîcheur de l’endroit, imaginant les histoires qui marqueraient cette soirée. Dans le coin droit, elle voyait déjà Karzale et Célestin en train de discuter autour d’un verre. Près de la cheminée, messire de Mainzanet captivait les demoiselles de son charisme naturel, tandis que dame Clématis et dame Hauterive prenaient place à l’une des grandes tables. Et là, sur la scène, elle se voyait chanter pour la première partie de la soirée, avant que Lucien n'attende son moment pour faire son grand discours.
On attendait beaucoup plus d'invités pour cette édition, ce qui l'avait poussée à redoubler d'efforts, à ne négliger aucun détail. Son anxiété ne faisait qu’augmenter, car tout était en jeu pour sa réputation, et la Gazette ne lui ferait certainement pas de cadeau, tout comme Dame Nation.
"Votre Grâce," prononça une voix familière, une voix qu’elle n’avait pas entendue depuis son retour du Nouveau Continent.
"... Dorian."
Ses rêveries avaient masqué les pas du métis, qui, voyant sa meilleure amie se retourner, s'élança vers elle pour la prendre dans ses bras comme jamais auparavant. Surprise, il y eut un long silence, avant qu'elle ne renferme ses bras autour de lui dans une étreinte chaleureuse pour celui qui se mit à trembler sous l'éclat d'un sanglot silencieux.
On attendait beaucoup plus d'invités pour cette édition, ce qui l'avait poussée à redoubler d'efforts, à ne négliger aucun détail. Son anxiété ne faisait qu’augmenter, car tout était en jeu pour sa réputation, et la Gazette ne lui ferait certainement pas de cadeau, tout comme Dame Nation.
"Votre Grâce," prononça une voix familière, une voix qu’elle n’avait pas entendue depuis son retour du Nouveau Continent.
"... Dorian."
Ses rêveries avaient masqué les pas du métis, qui, voyant sa meilleure amie se retourner, s'élança vers elle pour la prendre dans ses bras comme jamais auparavant. Surprise, il y eut un long silence, avant qu'elle ne renferme ses bras autour de lui dans une étreinte chaleureuse pour celui qui se mit à trembler sous l'éclat d'un sanglot silencieux.
Pas un mot ne fut prononcé, pas dans les premières minutes. Elle le laissa pleurer pendant quelques instants, le sentant remercier Halone pour la seconde chance qu'elle ait pu lui laisser pour la revoir, elle. Son âme-sœur. Celle avec qui son âme ne peut exister sans que la sienne existe également. Leur destin lié, Lenore ne pouvait plus l'ignorer. Ses prières avaient été entendus. Il posa finalement son front contre le sien, les yeux larmoyant et les mains lui tenant l'épaule et l'arrière de la tête dans un geste doux. "Tu m'avais tellement manqué... - Moi aussi Dorian... Moi aussi." Tant de questions restaient en suspens sur sa prétendue renaissance, mais pour ce soir, elle se contenterait de lui et seulement lui. Pleurant à chaudes larmes, elle voulait le traiter d'idiot, elle voulait lui en vouloir... mais pour quelles raisons, au fond ? Il était là, bien vivant, les mêmes souvenirs, la même personnalité, ne pouvait-elle pas seulement s'en contenter ? | ![]() |
Loin des regards indiscrets, ils échangèrent longuement, partageant leurs rêves et leurs espoirs. Dorian lui accorda sa confiance, la laissant mener les vérifications qu’elle jugerait nécessaires pour s’assurer qu’il n’y avait rien de suspect. Mais cette nuit-là marqua un renouveau. Le Rossignol et Lady Lenore étaient prêts à chanter de nouveau, à résonner en harmonie. Le Chevalier Citrouille et la Dame de Givre avanceraient ensemble, comme autrefois, affrontant les obstacles main dans la main, bien que la "Dame de Givre" n’avait plus rien de glacé. Le temps et l’ouverture à de nouveaux horizons érodèrent la carapace de froideur qu’elle avait si longtemps portée. Ce retour de Dorian dans sa vie n’était pas anodin. Alors que l’automne enveloppait Eorzéa de ses couleurs fauves, pour Lenore, cela signifiait...
... la fin de l'hiver.

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Le bal avait battu son plein jusque tard dans la nuit. Ce n’est qu’au petit matin qu'on lui annonça que près de la moitié des invités avaient dansé jusqu'au levé du jour. Elle avait espéré accueillir autant de convives que lors du précédent bal de Valsonge -quatre-vingts, tout au plus- mais, contre toute attente, ils avaient été plus d'une centaine à répondre à l'invitation. De toute évidence, ce fut un franc succès, aussi bien pour la Maison du Loup Blanc que pour les partenaires ayant contribué à l’organisation.
"Les dernières banderoles ont été décrochées, madame. Nous avons terminé de tout ranger.
- Bien. Faites appel à un émissaire, j’ai plusieurs courriers à faire transmettre.
- Tout de suite, madame."
Tandis que Martine quitta le bureau de la vicomtesse, Lenore rangea dans des enveloppes les lettres de remerciements destinées à l'Akanthai et la Compagnie de l'Aigle. Sans eux, la soirée n'aurait jamais connu pareille réussite, ni cette qualité que les convives avaient unanimement louée dans le livre d'or qu'elle avait parcouru ce matin, un sourire satisfait aux lèvres. Et puis, il y avait tous les autres. Derek s’était assuré que la sécurité opère avec une vigilance accrue au vu des menaces pesant toujours sur leur famille. Ce matin-là, elle l’avait trouvé fredonnant dans son bain. Anaëlle, qui l’avait aidée à superviser le début de la soirée, rêvait déjà d'organiser un bal aussi prestigieux pour le prochain tournoi, espérant que les joutes chocoboesques prévues cet hiver se déroulent sans encombre. Quant au Kohaku Orchestra, quelle joie d’avoir chanté au côté d'un orchestre de cette envergure ! Le public avait été envoûté, et pendant ces quelques minutes sur scène, elle s’était sentie entière à nouveau. Jamais elle ne pourrait oublier cette sensation.
"Madame, vous m’avez demandée ?"
La voix de l’émissaire la tira de ses pensées. Il s'agissait d’un jeune élezen dans la vingtaine dont le nez, les joues, et les pointes de ses longues oreilles étaient rougis par le froid. Il arborait fièrement l’insigne de Riverhood sur ses gants.
"Apportez ces lettres à leurs destinataires avant la fin de journée.
- Fort bien, madame." acquiesça-t-il en s'inclinant.
Alors qu’elle lui remettait les deux missives, une troisième enveloppe, restée sur le coin du bureau, attira son regard. Elle avait failli l'oublier.
"Remettez également celle-ci," ajouta-t-elle en la tendant au messager.
L’élezen haussa légèrement les sourcils en apercevant le nom du destinataire : Conrad Valdis. Il n’avait aucun lien avec le bal, ni même avec l’organisation de la soirée. Son air perplexe n’échappa pas à Lenore, mais elle ne le relèva pas. Ce n’était pas à lui qu’elle voulait s’adresser réellement. L'héritière détenait des informations sensibles sur la directrice des Anges Pourpres, et si Conrad n’avait rien à voir avec la soirée, cette Laurelieu, en revanche, avait retenu l'attention de la sécurité tout au long de la soirée. Et par extension, la sienne également.
"Les dernières banderoles ont été décrochées, madame. Nous avons terminé de tout ranger.
- Bien. Faites appel à un émissaire, j’ai plusieurs courriers à faire transmettre.
- Tout de suite, madame."
Tandis que Martine quitta le bureau de la vicomtesse, Lenore rangea dans des enveloppes les lettres de remerciements destinées à l'Akanthai et la Compagnie de l'Aigle. Sans eux, la soirée n'aurait jamais connu pareille réussite, ni cette qualité que les convives avaient unanimement louée dans le livre d'or qu'elle avait parcouru ce matin, un sourire satisfait aux lèvres. Et puis, il y avait tous les autres. Derek s’était assuré que la sécurité opère avec une vigilance accrue au vu des menaces pesant toujours sur leur famille. Ce matin-là, elle l’avait trouvé fredonnant dans son bain. Anaëlle, qui l’avait aidée à superviser le début de la soirée, rêvait déjà d'organiser un bal aussi prestigieux pour le prochain tournoi, espérant que les joutes chocoboesques prévues cet hiver se déroulent sans encombre. Quant au Kohaku Orchestra, quelle joie d’avoir chanté au côté d'un orchestre de cette envergure ! Le public avait été envoûté, et pendant ces quelques minutes sur scène, elle s’était sentie entière à nouveau. Jamais elle ne pourrait oublier cette sensation.
"Madame, vous m’avez demandée ?"
La voix de l’émissaire la tira de ses pensées. Il s'agissait d’un jeune élezen dans la vingtaine dont le nez, les joues, et les pointes de ses longues oreilles étaient rougis par le froid. Il arborait fièrement l’insigne de Riverhood sur ses gants.
"Apportez ces lettres à leurs destinataires avant la fin de journée.
- Fort bien, madame." acquiesça-t-il en s'inclinant.
Alors qu’elle lui remettait les deux missives, une troisième enveloppe, restée sur le coin du bureau, attira son regard. Elle avait failli l'oublier.
"Remettez également celle-ci," ajouta-t-elle en la tendant au messager.
L’élezen haussa légèrement les sourcils en apercevant le nom du destinataire : Conrad Valdis. Il n’avait aucun lien avec le bal, ni même avec l’organisation de la soirée. Son air perplexe n’échappa pas à Lenore, mais elle ne le relèva pas. Ce n’était pas à lui qu’elle voulait s’adresser réellement. L'héritière détenait des informations sensibles sur la directrice des Anges Pourpres, et si Conrad n’avait rien à voir avec la soirée, cette Laurelieu, en revanche, avait retenu l'attention de la sécurité tout au long de la soirée. Et par extension, la sienne également.

Dame Nation, la Gazette, le Vagabond Soyeux... Depuis la fin du tournoi de Halone, les journaux et la presse à scandales s'en donnaient à cœur joie dans leurs parutions mensuelles, ce qui se révélait fort divertissant. Lenore n'était pas de celles qui vibraient pour la moindre rumeur bien qu’elle appréciait rester informée, surtout des disparitions et événements étranges, dans l’éventualité où sa famille devrait intervenir pour des raisons paranormales. Peut-être était-ce l'engouement du dernier bal qui l’avait poussé à accorder plus d’attention aux sujets animant la Sainte Cité ces derniers temps. Entre l’esclandre des Kurusu, qui avaient encore une fois provoqué l’ire de toute une nation, ou le vainqueur du tournoi pour qui elle avait chanté, les nouvelles ne manquaient pas. La "peste" grandissant dans les bas quartiers de la Brouillasse retenait surtout son attention. Elle espérait voir cette menace écartée avant la Fête des Étoiles, bien que sa crainte s’apaisa un instant en lisant les premières actions du Temple pour contrer le fléau. Bien des histoires lui passaient au-dessus de la tête, surtout ces fables fantaisistes sur les amours interdits de la haute société qui avaient tant fait rire son époux. Qui donc avait pu s’ennuyer à ce point pour imaginer une liaison entre elle et son limier ? Ce qu’il ne fallait pas lire !
Lenore leva les yeux vers la grande place lorsque le fiacre s'arrêta au centre de l'Oeil du Loup. La neige avait laissé place à un soleil froid posé sur le village meurtri qui se remettait encore de l'attaque de spectres survenue la veille. Une lune déjà que les travaux avaient commencé, et les attaques ne faiblissaient pas.
"Maman, c'est quoi ?"
Du haut de ses trois ans, Alexander avait déjà la taille pour observer depuis la fenêtre les corps à moitié recouvert par la neige, rapidement imité par Victoria dont le front atteignît à peine la vitre. Anaëlle la rattrapa aussitôt pour la poser sur ses genoux et lui brosser les cheveux. Elle ne devait pas voir cela, pas plus qu'Alexander, bien que son regard ne fut pas voilé par sa mère.
"Ton peuple en souffrance, petit louveteau. Il y en aura d'autres, mais aujourd'hui, il pleure."
Le garçonnet ne comprenait qu'à moitié ses mots, mais juste assez pour que son regard s'endurcisse petit à petit.
"Des méchants.
- Des démons, mon fils. Ton peuple est entouré de démons et chaque nuit, ils leur font du mal. Mère et Père font tout pour que cela n'arrive jamais, mais c'est impossible. Il y a toujours des failles qui surgissent."
Elle parlait autant des failles du néant que des brèches dans leur sécurité, mais elle en avait déjà trop dit. Alexander, enfant précoce, comprenait beaucoup pour son âge, bien qu’il ne fût pas encore conscient du poids de son destin. Ce n'était pourtant pas tant lui qu'elle surveillait d’un œil, mais plutôt sa petite sœur, déjà captivée par les histoires qui l’entouraient. Et dans leur fief comme à la capitale, des histoires comme celles-ci ne manquaient pas. Ils avaient déjà entendu parlé des frasques des soeurs Valsonge, du mariage d'Anaëlle et de Laurence, et même de l'histoire de la guerre millénaire et de la chute du clergé au travers des livres à illustrations pour enfant qu'ils feuilletaient chaque soir avant de s'endormir. Mais de toutes les histoires, celles de leur propre village captivaient l'attention de l'aîné avec cette fascination naïve des enfants face à un jouet qu’ils ne se lassent jamais de regarder.
"Chaque chose en son temps. Tu auras tout le loisir de les rencontrer quand ce jour viendra.
- ... D'accord."
Le garçon hocha la tête avec sérieux avant de revenir s'asseoir à côté de sa mère, faisant face à Anaëlle et Victoria. Lenore sourit légèrement avant de poser sa main sur celle de son fils. Non loin de la statue d’Aleister de Riverhood, les ouvriers et les habitants continuaient de reconstruire les maisons et le mur qui ceinturait le village.
"Alexois, rentrons à la maison.
- Bien, madame." fit la voix étouffée du cocher qui tira sur les rennes pour faire avancer les chevaux.
De retour à la demeure familiale, Lenore délesta son sac à main, ainsi que son manteau et ses gants, aux domestiques avant de se diriger vers son bureau en cette fin de journée. Sur son bureau, une pile de lettres l’attendait déjà. Elle posa un regard attentif sur ces missives, tout en songeant aux réponses de la famille Priscus, de Vilauclaire, de Valdis, ou encore de la commandante Gelson.
Une semaine s’était écoulée depuis l’envoi de ses courriers, des réponses qui pourraient stabiliser son fief et assurer la protection de ses vassaux, alors que l’insécurité y atteignait des niveaux alarmants. Elle avait mobilisé les agents de la tour sur tous les fronts, autant à la capitale en quête d'informations sur cette prétendue vampire que sur Gévaudan pour scruter la moindre faille du néant, mais cela n'était pas suffisant.
Lenore leva les yeux vers la grande place lorsque le fiacre s'arrêta au centre de l'Oeil du Loup. La neige avait laissé place à un soleil froid posé sur le village meurtri qui se remettait encore de l'attaque de spectres survenue la veille. Une lune déjà que les travaux avaient commencé, et les attaques ne faiblissaient pas.
"Maman, c'est quoi ?"
Du haut de ses trois ans, Alexander avait déjà la taille pour observer depuis la fenêtre les corps à moitié recouvert par la neige, rapidement imité par Victoria dont le front atteignît à peine la vitre. Anaëlle la rattrapa aussitôt pour la poser sur ses genoux et lui brosser les cheveux. Elle ne devait pas voir cela, pas plus qu'Alexander, bien que son regard ne fut pas voilé par sa mère.
"Ton peuple en souffrance, petit louveteau. Il y en aura d'autres, mais aujourd'hui, il pleure."
Le garçonnet ne comprenait qu'à moitié ses mots, mais juste assez pour que son regard s'endurcisse petit à petit.
"Des méchants.
- Des démons, mon fils. Ton peuple est entouré de démons et chaque nuit, ils leur font du mal. Mère et Père font tout pour que cela n'arrive jamais, mais c'est impossible. Il y a toujours des failles qui surgissent."
Elle parlait autant des failles du néant que des brèches dans leur sécurité, mais elle en avait déjà trop dit. Alexander, enfant précoce, comprenait beaucoup pour son âge, bien qu’il ne fût pas encore conscient du poids de son destin. Ce n'était pourtant pas tant lui qu'elle surveillait d’un œil, mais plutôt sa petite sœur, déjà captivée par les histoires qui l’entouraient. Et dans leur fief comme à la capitale, des histoires comme celles-ci ne manquaient pas. Ils avaient déjà entendu parlé des frasques des soeurs Valsonge, du mariage d'Anaëlle et de Laurence, et même de l'histoire de la guerre millénaire et de la chute du clergé au travers des livres à illustrations pour enfant qu'ils feuilletaient chaque soir avant de s'endormir. Mais de toutes les histoires, celles de leur propre village captivaient l'attention de l'aîné avec cette fascination naïve des enfants face à un jouet qu’ils ne se lassent jamais de regarder.
"Chaque chose en son temps. Tu auras tout le loisir de les rencontrer quand ce jour viendra.
- ... D'accord."
Le garçon hocha la tête avec sérieux avant de revenir s'asseoir à côté de sa mère, faisant face à Anaëlle et Victoria. Lenore sourit légèrement avant de poser sa main sur celle de son fils. Non loin de la statue d’Aleister de Riverhood, les ouvriers et les habitants continuaient de reconstruire les maisons et le mur qui ceinturait le village.
"Alexois, rentrons à la maison.
- Bien, madame." fit la voix étouffée du cocher qui tira sur les rennes pour faire avancer les chevaux.
De retour à la demeure familiale, Lenore délesta son sac à main, ainsi que son manteau et ses gants, aux domestiques avant de se diriger vers son bureau en cette fin de journée. Sur son bureau, une pile de lettres l’attendait déjà. Elle posa un regard attentif sur ces missives, tout en songeant aux réponses de la famille Priscus, de Vilauclaire, de Valdis, ou encore de la commandante Gelson.
Une semaine s’était écoulée depuis l’envoi de ses courriers, des réponses qui pourraient stabiliser son fief et assurer la protection de ses vassaux, alors que l’insécurité y atteignait des niveaux alarmants. Elle avait mobilisé les agents de la tour sur tous les fronts, autant à la capitale en quête d'informations sur cette prétendue vampire que sur Gévaudan pour scruter la moindre faille du néant, mais cela n'était pas suffisant.
Bientôt, elle devrait se rendre elle-même sur le terrain.

Autrefois lieu central de la vie politique et sociale de Gévaudan, la salle d’audience du Loup Blanc, jadis animée par les intrigues et décisions des acteurs de la cour, avait sombré dans le silence après le décès des précédents vicomtes. Lenore avait toujours pris le soin de l'éviter jusqu'ici, préférant de loin ses bureaux à l'époque de l'Ordre Rivesthern et même de la Rose des Vents pour recevoir les doléances de chacun. Pourtant, elle savait qu’un jour, elle serait contrainte d’y revenir et tandis qu'elle déambulait entre les imposantes colonnes de pierre, Lenore imaginait l’effervescence qui régnait autrefois ici.
"J'ai supervisé moi-même les rénovations, madame. Elle respecte toutes les directives que vous avez donné."
Ash la suivait d'un pas militaire, le regard sérieux comme à son habitude. L’opinion de la vicomtesse comptait plus que jamais à ses yeux, surtout en ces temps où la symbolique du Loup Blanc était menacée.
"Il fait froid et sombre, répondit Lenore. Il faudra doubler les bougies et ne jamais ouvrir les vitraux.
- Ce sera fait, madame."
L'homme baissa la tête, coupable sans doute dans son esprit de n'avoir pu prédire cela. Il n'était pourtant coupable de rien. Lenore s’arrêta devant le trône imposant, une pièce magistrale de pierre sculptée, réhaussée de velours guède, placé au fond de la salle.
- Faites, mais les doléances ne reprendront qu'à la nouvelle année."
Ash acquiesça.
"En ce cas, je m'en vais de ce pas faire mon devoir. Madame." dit-il en s'inclinant bien bas, avant de quitter la pièce dans l'écho de ses talons claquant sur la pierre froide, laissant Lenore seule dans cet écrin austère. Les candélabres projetaient leurs ombres sur les murs de maçonnerie, et les vitraux semblaient veiller sur son isolement, mais seule la vision du trône lui importait. Plus qu’un simple siège, il incarnait l’essence même de ce lieu, la charge écrasante de son titre de vicomtesse et la grandeur du fief. C’était à travers lui que la demeure prenait vie, qu’elle imposait sa présence et sa puissance. Et c’était ici, plus que nulle part ailleurs, qu’elle savait qu’elle devait se tenir.
"J'ai supervisé moi-même les rénovations, madame. Elle respecte toutes les directives que vous avez donné."
Ash la suivait d'un pas militaire, le regard sérieux comme à son habitude. L’opinion de la vicomtesse comptait plus que jamais à ses yeux, surtout en ces temps où la symbolique du Loup Blanc était menacée.
"Il fait froid et sombre, répondit Lenore. Il faudra doubler les bougies et ne jamais ouvrir les vitraux.
- Ce sera fait, madame."
L'homme baissa la tête, coupable sans doute dans son esprit de n'avoir pu prédire cela. Il n'était pourtant coupable de rien. Lenore s’arrêta devant le trône imposant, une pièce magistrale de pierre sculptée, réhaussée de velours guède, placé au fond de la salle.
![]() | Désormais, ce serait depuis ce siège qu’elle recevrait quiconque oserait demander audience. Elle n’était ni son père, ni sa mère. Elle avait toujours avancé au gré des circonstances jusqu’à endosser un rôle qui n’aurait jamais dû lui revenir. Son frère aurait dû siéger ici. Mais après tout ce qu’elle avait accompli, après les épreuves qu’elle avait surmontées, à quoi bon encore s’interroger sur sa légitimité ? Argos l'avait répété le soir de l'interrogatoire musclée avec Junko dans les cachots. "Vous êtes une dirigeante" avait-il dit d'une voix impartiale, le visage caché de son masque impassible ; il avait voulu dire bien plus. À ses yeux, Lenore incarnait la force, l’inflexibilité et la justice – tout ce dont Gévaudan avait besoin pour panser ses plaies et avancer, après la dernière bataille. "Dois-je prévenir vos alliés pour les demandes d'audience à venir, madame ? |
Ash acquiesça.
"En ce cas, je m'en vais de ce pas faire mon devoir. Madame." dit-il en s'inclinant bien bas, avant de quitter la pièce dans l'écho de ses talons claquant sur la pierre froide, laissant Lenore seule dans cet écrin austère. Les candélabres projetaient leurs ombres sur les murs de maçonnerie, et les vitraux semblaient veiller sur son isolement, mais seule la vision du trône lui importait. Plus qu’un simple siège, il incarnait l’essence même de ce lieu, la charge écrasante de son titre de vicomtesse et la grandeur du fief. C’était à travers lui que la demeure prenait vie, qu’elle imposait sa présence et sa puissance. Et c’était ici, plus que nulle part ailleurs, qu’elle savait qu’elle devait se tenir.

"Il faut l'amener au dispensaire... - Aux cachots." Le silence suivit. Elle pouvait voir dans les yeux de Seluna à peine consciente l'incompréhension d'un tel choix, mais la région, bien que plus sûre, n'en resterait pas moins en proie aux agissements de ce culte dont ils venaient de découvrir l'existence. Plusieurs villages détruits, des dizaines de morts, des attentats dans des lieux isolés et des motivations qui peinent à être comprises pour le moment. Bien que Junko devait avoir ses raisons, Gévaudan n'avait pas besoin d'une meurtrière en plus sur son domaine. Ils avaient survécu à cette "invasion" d'ogres non sans mal, persuadés qu'il s'agirait du prochain épicentre de tous leurs problèmes. Ils avaient fait preuve de beaucoup de coordinations et coopérations, elle-même avait su contrôler son pouvoir pour une fois, et par la force des choses, elle se trouvait là à compter les victimes qui, pour la plupart, ne semblaient pas venir du Coerthas. "Elle sera bien traitée, mais elle ne quittera pas ces murs tant qu’elle n’aura pas répondu à nos questions sur les raisons de sa présence ici." Elle était ferme, juste. Quelques semaines plus tôt la raenne avait plié le genou face à elle, annonçant un voyage imminent vers l’Orient et promettant qu’à son retour, elle serait la première informée. Force est de constater que le destin en avait voulu autrement quand elles se croisèrent de nouveau sur ses terres, au milieu du sang et du chaos, sans avertissement ni appel. Argos s'approcha immédiatement de la vicomtesse. Il était blessé, mais jamais il ne fléchirait le genou devant la vicomtesse. "Soignez-vous ainsi que toute l’équipe. Demain, je veux que vous ratissiez la zone avec une autre unité des agents de la tour. Trouvez le moindre indice. - Vos désirs sont des ordres, madame." | ![]() |

![]() | Être vicomtesse signifiait bien des choses : porter le poids des générations passées, incarner l’espoir d’un peuple, et parfois, affronter seule l’immensité d’un pouvoir qui semblait autant une bénédiction qu’une malédiction. Ces responsabilités étaient loin d'être une nouveauté pour Lenore qui déposa sa tasse de thé encore fumante sur sa soucoupe tandis qu'elle replaça son regard de glace sur Lucien venu lui rendre visite. À quelques jours de son concert à l'occasion de la Fête des Étoiles à l'Akanthai que nombres de ses admirateurs attendaient, il avait prétexté devoir parler d'"affaires importantes" avec elle quand en réalité, il souhaitait surtout prendre de ses nouvelles depuis qu'elle avait disparu de la vie publique de la capitale suite aux tourments de Gévaudan. Il allait sans dire que Lucien faisait partie des rares personnes qu’elle osait qualifier d’ami. |
"Je comprends. Je dois porter le Lys par ses faits d'armes ?" demanda Lucien, dévorant désespérément du regard la vicomtesse en quête de réponses qu'il cherchait depuis de nombreuses lunes désormais.
"Exactement. Néanmoins, cela veut dire que la diplomatie -car vous ne pourrez jamais vous en débarrasser en tant que dirigeant- devra être géré par une tierce personne de confiance. C'est ici que Shabyl prend place.
- Et donc, définir le champ d'action de chacun.
- Oui... et cela veut dire également que vous tirez un trait sur la gestion de votre maison, en un sens."
Elle ferma les yeux quelques instants tandis qu'il fronça les sourcils, aussi curieux qu'inquiet.
"Mais en tant que baron, j'aurais toujours mon mot à dire ?
- Dans les faits, bien sûr. Toutefois, combien de meneurs meurent malencontreusement sur le champ de bataille ou lors d'une partie de chasse, donnant étonnement le plein pouvoir aux intendants ? Et, sans vouloir vous offenser Lucien, vous remplissez quelques conditions.
- Mais... encore ?"
D'ordinaire, jamais elle n'aurait osé exprimer son opinion à ce sujet. Lucien était son ami bien sûr et plus le temps avançait, plus elle appréciait guider cet homme dans le monde impitoyable de la noblesse. Il lui restait encore tant à apprendre et le potentiel qu'elle percevait en lui était l'une des raisons pour lesquelles elle avait accepté de devenir son mentor. Pour autant, il manquait cruellement de cran et de force de caractère, ce qui le rendait à la fois malléable et vulnérable aux manipulations. Lentement, elle porta sa tasse de thé à ses lèvres, son regard se posant sur son propre reflet.
"Vous venez de le dire : vous n'avez jamais aspiré à une telle responsabilité. Vous n'avez connu que la guerre et les petits plaisirs simples, rien de ce qui touche à la gestion des terres, à ses stratégies ou aux coups bas de la cour. Par conséquent, vous partez déjà avec des lacunes : un manque d'ambition et d'omniscience. Curieusement, je semble plutôt discerner ces qualités du côté de votre compagne, qui, bien qu'elle ait quitté la noblesse de son propre chef, n'a pas rechigné à l'idée de se mettre en couple avec un noble. Qui plus est, elle ne vous incite pas à abandonner votre titre si elle souhaitait vraiment rompre avec cet univers. Au contraire, elle vous soutient, allant même jusqu'à insister pour être présente à chaque entretien, comme si vous étiez mariés. Or, elle n'est que votre concubine, et je n'ai jamais vu une concubine exercer une emprise aussi forte sur un baron."
Elle inspira longuement avant de poursuivre :
"Ainsi, je dirais que c'est impossible et impensable qu'un dirigeant néglige la diplomatie, quand bien même il préfère les armes aux mots. Même le plus réticent des dirigeants garde un œil sur ses affaires."
Elle s'attendait à tout : indignation, déception, colère, ou même son départ précipité. Mais rien ne vint. Elle était loin de connaître Shabyl comme Lucien la connaissait. À ses yeux, Shabyl n'était qu'une femme ayant choisi une vie simple derrière le comptoir de l'Entrepôt, abandonnant les devoirs qu'imposait la noblesse. Et les inquiétudes de Lucien qu'elle entendait à chacune de leurs entrevues ne faisaient que renforcer cette image. Peut-être se trompait-elle, mais en attendant, elle voyait un homme perdu, inquiet et en proie à des doutes. En tant que mentor, elle se devait d'agir. Pourtant, c'est Lucien qui la surprit le premier.
"Je vois... Alors je dois apprendre des plus grands."
Ses lèvres se pincèrent d'un sourire en regardant Lenore.
"Et grandes..."
Lucien resta ainsi pendant quelques longues secondes, d'un regard auquel Lenore répondit par un sourire discret. Un soulagement apaisa son esprit ; avec les cultistes qui sévissaient dans le Gévaudan, avoir une dispute avec ses proches était de loin la dernière chose qu'elle voulait.
"Ce n'est pas la première fois que je vous voie douter de Shabyl.
- J'essaie de savoir pourquoi une personne qui a quitté la noblesse s'obstine à la poursuivre à mes côtés.
- Il serait peut-être temps de lui poser la question, bien qu'en faisant cela, vous vous exposez."
Il rit doucement.
"Il faut prendre des risques, n'est-ce pas ?
- Bien sûr, seulement si vous y êtes préparé. L'êtes-vous ?"
Son regard, empli de détermination, chassa le moindre doute de Lenore.
"Je le suis," affirma-t-il. "Je pense avoir pris suffisamment de risques dans ma vie pour être prêt."
Le temps semblait s’accélérer à mesure qu’ils discutaient au coin du feu. Pourtant, ce moment, marqué par une complicité indéniable, apaisa leurs esprits. Lucien, plus sûr de lui, paraissait prêt à affronter les questions qui le hantaient, tandis que Lenore se permettait, pour une fois, de croire en sa capacité à guider cet homme sur le chemin sinueux du pouvoir.
"Exactement. Néanmoins, cela veut dire que la diplomatie -car vous ne pourrez jamais vous en débarrasser en tant que dirigeant- devra être géré par une tierce personne de confiance. C'est ici que Shabyl prend place.
- Et donc, définir le champ d'action de chacun.
- Oui... et cela veut dire également que vous tirez un trait sur la gestion de votre maison, en un sens."
Elle ferma les yeux quelques instants tandis qu'il fronça les sourcils, aussi curieux qu'inquiet.
"Mais en tant que baron, j'aurais toujours mon mot à dire ?
- Dans les faits, bien sûr. Toutefois, combien de meneurs meurent malencontreusement sur le champ de bataille ou lors d'une partie de chasse, donnant étonnement le plein pouvoir aux intendants ? Et, sans vouloir vous offenser Lucien, vous remplissez quelques conditions.
- Mais... encore ?"
D'ordinaire, jamais elle n'aurait osé exprimer son opinion à ce sujet. Lucien était son ami bien sûr et plus le temps avançait, plus elle appréciait guider cet homme dans le monde impitoyable de la noblesse. Il lui restait encore tant à apprendre et le potentiel qu'elle percevait en lui était l'une des raisons pour lesquelles elle avait accepté de devenir son mentor. Pour autant, il manquait cruellement de cran et de force de caractère, ce qui le rendait à la fois malléable et vulnérable aux manipulations. Lentement, elle porta sa tasse de thé à ses lèvres, son regard se posant sur son propre reflet.
"Vous venez de le dire : vous n'avez jamais aspiré à une telle responsabilité. Vous n'avez connu que la guerre et les petits plaisirs simples, rien de ce qui touche à la gestion des terres, à ses stratégies ou aux coups bas de la cour. Par conséquent, vous partez déjà avec des lacunes : un manque d'ambition et d'omniscience. Curieusement, je semble plutôt discerner ces qualités du côté de votre compagne, qui, bien qu'elle ait quitté la noblesse de son propre chef, n'a pas rechigné à l'idée de se mettre en couple avec un noble. Qui plus est, elle ne vous incite pas à abandonner votre titre si elle souhaitait vraiment rompre avec cet univers. Au contraire, elle vous soutient, allant même jusqu'à insister pour être présente à chaque entretien, comme si vous étiez mariés. Or, elle n'est que votre concubine, et je n'ai jamais vu une concubine exercer une emprise aussi forte sur un baron."
Elle inspira longuement avant de poursuivre :
"Ainsi, je dirais que c'est impossible et impensable qu'un dirigeant néglige la diplomatie, quand bien même il préfère les armes aux mots. Même le plus réticent des dirigeants garde un œil sur ses affaires."
Elle s'attendait à tout : indignation, déception, colère, ou même son départ précipité. Mais rien ne vint. Elle était loin de connaître Shabyl comme Lucien la connaissait. À ses yeux, Shabyl n'était qu'une femme ayant choisi une vie simple derrière le comptoir de l'Entrepôt, abandonnant les devoirs qu'imposait la noblesse. Et les inquiétudes de Lucien qu'elle entendait à chacune de leurs entrevues ne faisaient que renforcer cette image. Peut-être se trompait-elle, mais en attendant, elle voyait un homme perdu, inquiet et en proie à des doutes. En tant que mentor, elle se devait d'agir. Pourtant, c'est Lucien qui la surprit le premier.
"Je vois... Alors je dois apprendre des plus grands."
Ses lèvres se pincèrent d'un sourire en regardant Lenore.
"Et grandes..."
Lucien resta ainsi pendant quelques longues secondes, d'un regard auquel Lenore répondit par un sourire discret. Un soulagement apaisa son esprit ; avec les cultistes qui sévissaient dans le Gévaudan, avoir une dispute avec ses proches était de loin la dernière chose qu'elle voulait.
"Ce n'est pas la première fois que je vous voie douter de Shabyl.
- J'essaie de savoir pourquoi une personne qui a quitté la noblesse s'obstine à la poursuivre à mes côtés.
- Il serait peut-être temps de lui poser la question, bien qu'en faisant cela, vous vous exposez."
Il rit doucement.
"Il faut prendre des risques, n'est-ce pas ?
- Bien sûr, seulement si vous y êtes préparé. L'êtes-vous ?"
Son regard, empli de détermination, chassa le moindre doute de Lenore.
"Je le suis," affirma-t-il. "Je pense avoir pris suffisamment de risques dans ma vie pour être prêt."
Le temps semblait s’accélérer à mesure qu’ils discutaient au coin du feu. Pourtant, ce moment, marqué par une complicité indéniable, apaisa leurs esprits. Lucien, plus sûr de lui, paraissait prêt à affronter les questions qui le hantaient, tandis que Lenore se permettait, pour une fois, de croire en sa capacité à guider cet homme sur le chemin sinueux du pouvoir.

Être vicomtesse signifiait bien des choses, mais sans ces instants de répit, elle aurait facilement oublié ce que signifiait véritablement l'amitié. À quelques jours de l'arrivée de l'hiver, le sien s'était apaisé depuis quelques temps malgré les difficultés qu'elle rencontrait à Gévaudan. Ce fardeau n'était en rien un frein à sa vie.
Il était sa fierté d'être née sous la bannière du Loup Blanc.

La Fête des Étoiles se déroulait, pour une fois, dans le calme et la tranquilité du manoir Riverhood paré de décorations scintillantes de la tête aux pieds, loin des applaudissements de son dernier concert qui bourdonnaient encore dans ses oreilles. Cette année encore elle avait su faire sensation, attirant un public toujours plus nombreux et diversifié, enrichi par l’arrivée d’aventuriers et d’étrangers. La presse, unanime, ne tarissait pas d'éloges sur sa voix cristalline capable de conquérir même les cœurs les plus insensibles de la cité. Depuis combien de temps n'avait-elle pas vu ces regards émerveillés, ni entendu ces louanges sur son travail et son chant ?
"La voix de la vicomtesse... a ce quelque chose de spécial, n'est-ce pas ?"
"C'était magique, comme on pouvait s'y attendre."
"Sa voix est vraiment un délice à l'oreille."
"C'est par un concert de Dame Riverhood que j'ai fini par aimé ma nouvelle vie à Ishgard. Elle est toujours aussi douée et ravissante."
Elle avait tout donné ce soir-là. Inspirée par les illuminations du grand sapin dressé sur scène et par la cause des orphelins privés depuis trop longtemps de la chaleur d’un foyer en hiver, Lenore avait chanté Fête des Étoiles et l'amour en famille. Ce n’étaient pas seulement ses grands classiques qui avaient enchanté l’auditoire, mais aussi l’intensité des émotions qu’elle avait perçues parmi ces âmes en quête de réconfort. Cette énergie, elle l’avait canalisée dans sa voix, transformant chaque note en une véritable source de bien-être. Elle avait vu dans l’auditoire des regards émus, des cœurs touchés par ses paroles. Mais cette année, Lenore ne s’était pas contentée de simplement chanter. Il avait suffi d’un seul claquement de doigt pour que sa coule rouge se dissipe dans un torrent d’étoiles scintillantes, dévoilant une longue robe de soie rouge, ornée de myriades de strass luminescents. Une élégante fourrure blanche reposait délicatement sur son épaule, ajoutant une touche d’opulence à cette apparition féerique. Sur son front reposait son célèbre collier frontal dont elle ne se séparait jamais, le saphir incrusté au milieu luisant d'une lueur éthérée. À l'image de la fête qu'elle célébrait, elle avait sublimé plus que tout la scène telle la pièce maîtresse d'une oeuvre d'art. Quelques semaines plus tôt, une idée lui était venue, mêlant art et magie d’une manière encore inédite. Ce fut probablement l’une des initiatives les plus audacieuses de sa carrière, une idée qui, une fois encore, plaçait la barre plus haut en matière de spectacle. | ![]() |
![]() | Mais en cette belle matinée du vingt-cinquième soleil de la sixième lune ombrale, c'était l'émerveillement de ses enfants face à leurs cadeaux qui accapara toute son attention. "Cocobo, chaton !!" s’écria Victoria avant de tomber sur son fessier, serrant contre elle la grande peluche de chocobo et celle du gaélichaton acheté -sans qu'elle le sache- par son père. "Alexandre, ça te plaît ?" demanda Derek, confortablement installé sur le canapé, le regard empreint de tendresse pour ses deux louveteaux. "Mh," répondit l’aîné avec son sérieux habituel devant ses maquettes de forts ishgardais. En cette saison, le Saint de Nyméia avait été particulièrement généreux. Était-ce dû à leur retour définitif à Ishgard, ou bien la peur discrète de parents ayant connu l’apocalypse, craignant de ne pas assez combler leurs enfants tant qu’ils le pouvaient encore ? Impossible de mettre la main dessus. Mais Lenore le savait : voir l'enchantement illuminer les visages de ses propres enfants était un privilège |
inestimable, une chance que toutes les mères n’avaient pas. Au fond d'elle, ce sentiment renforçait une certitude : en tant que mère, il lui était inconcevable de ne pas reverser la moitié des bénéfices de son concert aux orphelins d’Ishgard. Pour ces enfants privés d’amour et de chaleur, elle se devait d’aider le Saint de Nyméia à faire quelque chose pour eux également. En contemplant le large sourire de sa fille, elle ne put s’empêcher de songer à l’éclat similaire dans les regards des enfants du Champ de Rolambaie à Azurée, qu’elle avait rencontrés le lendemain de son concert. Si elle avait pu faire davantage, elle l’aurait fait sans hésitation, mais... | ![]() |

![]() | Une trêve n’était jamais éternelle. Tôt ou tard, elle savait qu’il lui faudrait retourner aux affaires de son fief et affronter les troubles qui continuaient de ravager le Gévaudan malgré les réjouissances. Pourtant, et peut-être était-ce là une dernière trace de naïveté en elle, elle aurait voulu que ce répit dure un peu plus longtemps. Ironiquement, Derek lui reprochait souvent de ne pas assez prendre de temps pour elle et la trêve hivernale était un bon prétexte pour souffler et savourer une tranquillité durement acquise après toutes ces années. Mais encore une fois, une trêve n'était jamais éternelle, et elle le comprit bien assez vite lorsque Martine pénétra dans le grand salon, la mine basse et les joues et la pointe de ses oreilles rougies par le froid si ce n'était pas de honte. Dans ses mains, une missive cachetée portant le sceau des Riverhood qu’elle venait tout juste de récupérer devant le grand manoir. Derek fut le premier à s'en méfier. "C'est une missive provenant de l'Oeil du Loup... Elle vous est adressée." Sans plus tarder elle donna la lettre à Lenore quand elle passa de son fauteuil au canapé pour rejoindre son époux. Quitte à savoir ce qu'il se tramait à Gévaudan, autant qu'ils soient tous les deux au courant. Les nouvelles apportées par Aulène n'étaient guère réjouissantes. Bien qu'ils pouvaient se féliciter d'avoir repoussé -ou contenu- la menace des cultistes, l'ajout d'un revenant pourchassant un inconnu sur les terres de Gévaudan et la colère grimpante des habitants de l'Oeil du Loup quant au couvre-feu établi lors des festivités inquiétaient la directrice de l'Institut Riverhood. Derek songea en premier lieu de répondre favorablement à la proposition de sa tante. Comme il le lui avait rappelé, Lenore était forte, mais elle n’en restait pas moins humaine et chaque personne avait ses limites. Cette trêve, bien que courte, aurait dû lui permettre de se ressourcer, de se consacrer pleinement à ses enfants et à ses récitals. Mais force était de constater que la volonté divine, comme toujours, avait ses propres plans. Fort heureusement, elle pouvait toujours compter sur Derek pour la retenir en cas de chute et ce dernier n'hésita pas à lui rappeler les éléments qu'ils disposaient à l'heure actuelle : les cultistes, bien qu’encore une menace, étaient pour l’instant incapables de mener une attaque. Cela leur laissait une ouverture pour apaiser les tensions. La levée temporaire du couvre-feu, au moins le temps de la Fête de la Transition, pourrait offrir aux habitants un semblant de normalité et désamorcer une partie de leur frustration. Si cette fête n'avait d'intérêt à ses yeux que les vœux de ses enfants et une simple curiosité culturelle, elle revêtait une importance particulière pour les gévaudois et ne pouvait pas se permettre de le leur enlever. "Ainsi soit-il" glissa-t-elle à elle-même devant son bureau, le regard ferme. |

Le calme revenu dans la demeure de la famille Riverhood le lendemain de la remise des cadeaux, les domestiques s'étaient occupés de ranger et nettoyer la totalité du manoir. Dans le jardin, le sapin blanc érigé à l'occasion de la Fête des Étoiles se voyait déjà privé de ses illuminations à l'approche de la fin d'année. À la place, la calèche Riverhood allait reprendre l'emplacement qui lui revenait de droit, ou du moins c'était ce que se disait Lenore en passant devant elle lorsqu'elle quitta la grande demeure, un long manteau à fourrure lui couvrant les épaules.
Une journée de plus à Ishgard, une dernière qu’elle se devait de savourer avant son départ pour le Gévaudan, mais il lui restait encore tant à faire. Demain elle rencontrerait la baronne de Frilaix et son orphelinat afin de négocier un autre don -malgré les rumeurs de calomnies à son sujet-, puis il lui faudrait s’entretenir avec monsieur Alberick pour discuter des termes d’un potentiel partenariat entre l’Akanthai et elle. Avant de quitter la Sainte Cité, elle avait également promis de répondre favorablement à l’invitation de sire Ermengard, une discussion autour d'un thé comme elle l'aimait. Seul demeurait incertain le moment où elle trouverait le temps de s’entretenir avec la jeune rouquine des Valdis, qui, après son concert, lui avait timidement rappelé son souhait d’apprendre "de la plus grande cantatrice". Peut-être qu’un jour, si l'avenir s’y prêtait, un duo pourrait voir le jour entre elles. Cette pensée se changea en nostalgie, lui rappelant les jours où elle partageait la scène avec Meleth, son ancienne pupille, et la magie unique de leurs voix unies dans une harmonie parfaite.
Et tout cela, entre quelques récitals privés qu'elle s’était engagée à offrir à certaines familles fortunées, impatientes de retrouver la voix cristalline qui leur avait tant manqué.
Au final, elle s’était surprise à faire une halte au Chevalier Oublié, cette auberge bien éloignée de la prestigieuse allée du Dernier Vigile qu’elle aimait habituellement fréquenter. Ce lieu populaire, bruyant mais chaleureux, avait un charme particulier qui contrastait avec le faste et la retenue des cercles qu’elle côtoyait. Sans même s’en rendre compte, cette escale était sa façon de s’offrir un répit inattendu. Ici, les conversations simples et les visages familiers des habitués suffisaient à alléger le poids des responsabilités. C’était, en quelque sorte, une manière de s’oublier elle-même, ne serait-ce qu’un instant, comme si le nom de la taverne l’incitait à mettre de côté pour quelques heures seulement...
Une journée de plus à Ishgard, une dernière qu’elle se devait de savourer avant son départ pour le Gévaudan, mais il lui restait encore tant à faire. Demain elle rencontrerait la baronne de Frilaix et son orphelinat afin de négocier un autre don -malgré les rumeurs de calomnies à son sujet-, puis il lui faudrait s’entretenir avec monsieur Alberick pour discuter des termes d’un potentiel partenariat entre l’Akanthai et elle. Avant de quitter la Sainte Cité, elle avait également promis de répondre favorablement à l’invitation de sire Ermengard, une discussion autour d'un thé comme elle l'aimait. Seul demeurait incertain le moment où elle trouverait le temps de s’entretenir avec la jeune rouquine des Valdis, qui, après son concert, lui avait timidement rappelé son souhait d’apprendre "de la plus grande cantatrice". Peut-être qu’un jour, si l'avenir s’y prêtait, un duo pourrait voir le jour entre elles. Cette pensée se changea en nostalgie, lui rappelant les jours où elle partageait la scène avec Meleth, son ancienne pupille, et la magie unique de leurs voix unies dans une harmonie parfaite.
Et tout cela, entre quelques récitals privés qu'elle s’était engagée à offrir à certaines familles fortunées, impatientes de retrouver la voix cristalline qui leur avait tant manqué.
Au final, elle s’était surprise à faire une halte au Chevalier Oublié, cette auberge bien éloignée de la prestigieuse allée du Dernier Vigile qu’elle aimait habituellement fréquenter. Ce lieu populaire, bruyant mais chaleureux, avait un charme particulier qui contrastait avec le faste et la retenue des cercles qu’elle côtoyait. Sans même s’en rendre compte, cette escale était sa façon de s’offrir un répit inattendu. Ici, les conversations simples et les visages familiers des habitués suffisaient à alléger le poids des responsabilités. C’était, en quelque sorte, une manière de s’oublier elle-même, ne serait-ce qu’un instant, comme si le nom de la taverne l’incitait à mettre de côté pour quelques heures seulement...
... la fin prématurée de sa trêve.


Ils avaient demandé son retour. Tandis que les familles Valsonge et Bertin poursuivaient activement leur traque du chevalier de Castellan – un homme qui, s’il survivait à cette chasse implacable, se verrait honoré d’une invitation personnelle –, Lenore pouvait se consacrer pleinement à l’élimination des cultistes maintenant qu'elle avait regagné l'Oeil du Loup. Manque de bol, ou peut-être était-ce plus rassurant ainsi, aucun autre espion n'avait été retrouvé parmi les domestiques Riverhood ; Junko avait donc dit vrai.
Elle contempla encore l'Ouest de Gévaudan au-delà de la fenêtre de son bureau, où le balcon offrait une vue dégagée sur la vallée enneigée. La dix-huitième cloche n'avait pas encore sonné que le ciel s’était déjà drapé de son manteau nocturne. De gros flocons tombaient en silence, rendant encore plus difficile le retour des commerçants en charrette qui tentaient de rejoindre le village pour y passer la nuit.
Le froid mordant paralysait toute tentative de mouvement ennemi, et les dernières attaques les avaient déjà considérablement affaiblis. C’était précisément à ce moment de faiblesse qu’il fallait frapper. La destination, dictée par une missive qu'ils avaient intercepté lors de leur découverte du camp de cultistes, était déjà toute trouvée : le Lac d’Ivoire. Il n'y en avait pas beaucoup d'aussi grand ni d'aussi beau à Gévaudan. Autrefois ce lac regorgeait de pêcheurs et de jeunes amoureux par un temps printanier, mais aujourd'hui il tenait son nom de l'immense couche de glace blanche qui la recouvrait, une surface glaciale et immaculée qui pourrait se révéler un atout, pour peu qu’ils arrivent à temps.
"Les agents de la tour seront prêts dès après-demain, Madame."
La voix d'Argos la ramena à la réalité. Elle ne l'avait pas entendu se faufiler dans son bureau, mais elle n'en attendait pas moins de lui.
"Parfait. Nous partirons donc dans deux jours pour le Lac d'ivoire, préparez les chocobos et les caravanes. Sortez l'Elysée et remplissez-le de bassines d'eau sanctifiée.
- Il en sera ainsi, Madame."
Le colosse en armure d’argent et de bleu s’inclina dans un concert de cliquetis métalliques avant de se retirer. En passant, il effraya une jeune domestique, figée un instant devant son masque impassible. Lenore, immobile, regarda son reflet dans la vitre givrée. Deux jours. Deux jours pour se préparer, et enfin en finir avec cette menace.
La situation de son fief n’était pas catastrophique. Elle n’atteignait même pas le dixième de l’intensité de la bataille qui avait ravagé la région l’été précédent. Cependant, les troubles actuels provoquaient suffisamment d’agitation pour inquiéter la cour. Mordred de Castellan... Un nom qu’elle avait appris à respecter par les échos de sa bravoure et de sa loyauté. Elle n’avait pas hésité à confier l’enquête à son limier, et les rapports quotidiens qu’elle recevait confirmaient la justesse de son choix.
Pourtant, une question la troublait : comment une jeune femme comme Lisalia de Frilaix avait-elle pu être mise au courant d’une affaire aussi délicate ? Lenore fronça légèrement les sourcils en relisant de long en large la missive qu'elle lui avait écrite. Mademoiselle de Frilaix, dont la mère était reconnue pour sa bienveillance et son dévouement envers les orphelins qu’elle accueillait, avait toujours été l’une de ses plus ferventes admiratrices, mais elle demeurait cette jeune femme à qui la vie devait encore tout apprendre. Lui proposer l'aide de ses hommes, comme l'avait également fait le Baron de Lunaciel dans une lettre qu'elle reçut dans la même journée, relevait de l’insulte. Insinuer que son fief, et par extension elle-même, manquaient de force ou de compétence pour éradiquer ces impies qui souillaient ses terres, et puis quoi encore ? Elle se devait d’être juste, mais ferme. La moindre ingérence, le moindre débordement sur ses terres, ne serait pas toléré.
Son regard se porta sur la pendule en bois sculpté, trônant au fond de son bureau. Lisalia devait avoir reçu sa réponse à présent.
Spoiler : cliquez pour afficher
Elle contempla encore l'Ouest de Gévaudan au-delà de la fenêtre de son bureau, où le balcon offrait une vue dégagée sur la vallée enneigée. La dix-huitième cloche n'avait pas encore sonné que le ciel s’était déjà drapé de son manteau nocturne. De gros flocons tombaient en silence, rendant encore plus difficile le retour des commerçants en charrette qui tentaient de rejoindre le village pour y passer la nuit.
Le froid mordant paralysait toute tentative de mouvement ennemi, et les dernières attaques les avaient déjà considérablement affaiblis. C’était précisément à ce moment de faiblesse qu’il fallait frapper. La destination, dictée par une missive qu'ils avaient intercepté lors de leur découverte du camp de cultistes, était déjà toute trouvée : le Lac d’Ivoire. Il n'y en avait pas beaucoup d'aussi grand ni d'aussi beau à Gévaudan. Autrefois ce lac regorgeait de pêcheurs et de jeunes amoureux par un temps printanier, mais aujourd'hui il tenait son nom de l'immense couche de glace blanche qui la recouvrait, une surface glaciale et immaculée qui pourrait se révéler un atout, pour peu qu’ils arrivent à temps.
"Les agents de la tour seront prêts dès après-demain, Madame."
La voix d'Argos la ramena à la réalité. Elle ne l'avait pas entendu se faufiler dans son bureau, mais elle n'en attendait pas moins de lui.
"Parfait. Nous partirons donc dans deux jours pour le Lac d'ivoire, préparez les chocobos et les caravanes. Sortez l'Elysée et remplissez-le de bassines d'eau sanctifiée.
- Il en sera ainsi, Madame."
Le colosse en armure d’argent et de bleu s’inclina dans un concert de cliquetis métalliques avant de se retirer. En passant, il effraya une jeune domestique, figée un instant devant son masque impassible. Lenore, immobile, regarda son reflet dans la vitre givrée. Deux jours. Deux jours pour se préparer, et enfin en finir avec cette menace.
La situation de son fief n’était pas catastrophique. Elle n’atteignait même pas le dixième de l’intensité de la bataille qui avait ravagé la région l’été précédent. Cependant, les troubles actuels provoquaient suffisamment d’agitation pour inquiéter la cour. Mordred de Castellan... Un nom qu’elle avait appris à respecter par les échos de sa bravoure et de sa loyauté. Elle n’avait pas hésité à confier l’enquête à son limier, et les rapports quotidiens qu’elle recevait confirmaient la justesse de son choix.
Pourtant, une question la troublait : comment une jeune femme comme Lisalia de Frilaix avait-elle pu être mise au courant d’une affaire aussi délicate ? Lenore fronça légèrement les sourcils en relisant de long en large la missive qu'elle lui avait écrite. Mademoiselle de Frilaix, dont la mère était reconnue pour sa bienveillance et son dévouement envers les orphelins qu’elle accueillait, avait toujours été l’une de ses plus ferventes admiratrices, mais elle demeurait cette jeune femme à qui la vie devait encore tout apprendre. Lui proposer l'aide de ses hommes, comme l'avait également fait le Baron de Lunaciel dans une lettre qu'elle reçut dans la même journée, relevait de l’insulte. Insinuer que son fief, et par extension elle-même, manquaient de force ou de compétence pour éradiquer ces impies qui souillaient ses terres, et puis quoi encore ? Elle se devait d’être juste, mais ferme. La moindre ingérence, le moindre débordement sur ses terres, ne serait pas toléré.
Son regard se porta sur la pendule en bois sculpté, trônant au fond de son bureau. Lisalia devait avoir reçu sa réponse à présent.
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À l’attention de Mademoiselle Lisalia de Frilaix,
Je prends acte de votre missive et des préoccupations que vous soulevez concernant la disparition de Sir Mordred de Castellan, un homme que j’estime et dont l’absence m’inquiète également. Toutefois, je me vois dans l’obligation de refuser catégoriquement votre proposition d’aide.
Il est hors de question que je permette à quiconque, allié ou non, de s’inviter sur mes terres ou de s’immiscer dans des enquêtes qui concernent exclusivement mes vassaux et moi-même. Sir Mordred est, certes, un ami proche, mais les terres de Castellan demeurent sous la juridiction de la Maison Bertin et de ses alliés directs. Quant à mes terres, elles sont sous ma seule autorité, et je ne tolérerai pas que des tiers y interviennent sous prétexte d’une alliance élargie.
Votre suggestion implique une ingérence injustifiée, qui pourrait être interprétée comme un manque de confiance envers la Maison Riverhood et ses vassaux. Une telle insinuation est non seulement infondée, mais également offensante. Je tiens à vous rappeler que mes vassaux, mes alliés et moi-même sommes parfaitement capables de gérer les affaires qui concernent notre fief.
Enfin, si les Bertin ont obtenu mon accord pour intervenir sur les terres de Castellan, c’est uniquement parce qu’il s’agit de leurs vassaux directs. En aucun cas cet accord ne s’étend à l’ensemble de leurs alliés. Je ne saurais permettre que cette permission soit détournée de son cadre initial.
Je vous invite donc à vous en tenir à vos propres responsabilités et à respecter les limites que j’impose en tant que Vicomtesse de Riverhood.
Cordialement,
Lenore Marjorie Angélique de Riverhood
Vicomtesse de Riverhood

"C'est terminé, madame."
Lenore, qui avait quitté son bureau pour se diriger vers l’aile ouest en fin de soirée, entra dans les appartements des invités avec un sourire satisfait. "Je savais bien qu’il nous restait une chambre de libre..." murmura-t-elle en laissant son regard parcourir la pièce. Les rideaux fraîchement tirés encadraient les fenêtres donnant sur la neige scintillante, tandis qu’un feu crépitant dans l’âtre diffusait une chaleur réconfortante. Chaque élément semblait parfaitement à sa place, répondant aux attentes précises qu’elle avait énoncées plus tôt. S’avançant doucement, elle effleura du bout des doigts le rebord d’une commode impeccablement cirée avant de se tourner vers le lit, dont la literie arborait fièrement ce "vert Bertin" caractéristique. Sur les murs, quelques toiles soigneusement choisies évoquaient les terres Bertin-Regnault, tandis qu’un tapis de fourrure brune étendu près de la cheminée soutenait plusieurs fauteuils en cuir disposés pour d’éventuelles discussions. Lenore imaginait déjà son invité de marque conversant longuement avec Seluna lorsqu’ils rentreraient de leur "traque". Les penderies, débarrassées des vêtements désuets qui s’y entassaient encore il y a peu, laissaient place à un espace épuré, tandis que sur les consoles, quelques sculptures en bois ajoutaient une touche rustique et familière. Certes, ces pièces n’avaient pas la finesse des œuvres que l’on trouvait dans le domaine Bertin-Regnault, mais avec un peu de chance, cela suffirait à offrir à Ermengard un semblant de chez-soi durant son séjour.
Elle avait exigé qu’on applique la même attention aux autres chambres, mais celle-ci méritait une inspection particulière : elle hébergerait le fils d’un vicomte. Oh, bien sûr, Ermengard avait fait preuve de son habituelle modestie en proposant de séjourner dans une auberge de l’Oeil du Loup, affirmant qu’il "ne souhaitait pas importuner la vicomtesse". Mais quel genre de vicomtesse aurait-elle été pour laisser un fils de vicomte dormir dans une auberge ?
"Savez-vous combien de temps Sire Ermengard restera à l'Oeil du Loup, madame ?
- Aussi longtemps que la recherche de son vassal lui prendra."
S’avançant vers le coffre en bout de lit, elle souleva délicatement le couvercle. Vide pour l’instant, il ne tarderait pas à être rempli par les nombreuses armes d’Ermengard. Elle fronça légèrement les sourcils à cette pensée, anticipant déjà la nécessité d’un second coffre pour contenir tout le bardas du chevalier. Près de la fenêtre, un mannequin en bois poli attendait patiemment d’être orné de l’armure imposante du fils de vicomte. "Si tant est qu’il daigne l’enlever un jour," songea-t-elle avec un soupçon d’ironie. Ermengard était de ces hommes qui portaient leur armure comme une seconde peau, toujours prêt à répondre à l’appel du devoir, même dans les moments de répit, mais elle serait bien hypocrite de lui en vouloir.
La jeune Amelaine, qui venait tout juste de célébrer ses vingt ans, frappa à la porte avant de s’incliner devant la vicomtesse.
"Madame, votre invité vient d’arriver.
- Faites-le monter ici et apportez ses affaires, répondit Lenore avec une voix mesurée, tout en ajustant le pli de ses jupons. Ensuite, je lui ferai visiter les lieux qu’il sera le plus susceptible d’utiliser."
L’élezenne s’inclina à nouveau, raide et disciplinée, avant de quitter la pièce avec promptitude, laissant Lenore seule dans la chambre. Son regard se posa sur le miroir ancien qu’elle avait fait installer face au lit. Bien que légèrement usé par le temps, il conservait un certain charme, suffisant pour l’usage temporaire auquel il était destiné. Lenore ajusta une mèche de ses cheveux tout en réfléchissant aux implications de cette visite.
Le rapprochement avec les Bertin était une évidence. Une alliance naturelle, presque prédestinée, mais qui ne manquerait pas de faire grincer des dents si les mariages Valsonge-Bertin venaient à se faire. Deux vicomtés alliées, c’était une rareté dans le paysage politique d’Ishgard, et cela renforçait d’autant plus l’importance de cette rencontre. Tout reposait désormais sur cette traque en cours et la chasse à courre prévue dans quelques semaines. Si tout se déroulait comme prévu, elle pourrait sceller un pacte — qu’il soit d’alliance ou d’amitié — avec les Bertin. Lenore se redressa, un éclat de détermination dans le regard.
Lenore, qui avait quitté son bureau pour se diriger vers l’aile ouest en fin de soirée, entra dans les appartements des invités avec un sourire satisfait. "Je savais bien qu’il nous restait une chambre de libre..." murmura-t-elle en laissant son regard parcourir la pièce. Les rideaux fraîchement tirés encadraient les fenêtres donnant sur la neige scintillante, tandis qu’un feu crépitant dans l’âtre diffusait une chaleur réconfortante. Chaque élément semblait parfaitement à sa place, répondant aux attentes précises qu’elle avait énoncées plus tôt. S’avançant doucement, elle effleura du bout des doigts le rebord d’une commode impeccablement cirée avant de se tourner vers le lit, dont la literie arborait fièrement ce "vert Bertin" caractéristique. Sur les murs, quelques toiles soigneusement choisies évoquaient les terres Bertin-Regnault, tandis qu’un tapis de fourrure brune étendu près de la cheminée soutenait plusieurs fauteuils en cuir disposés pour d’éventuelles discussions. Lenore imaginait déjà son invité de marque conversant longuement avec Seluna lorsqu’ils rentreraient de leur "traque". Les penderies, débarrassées des vêtements désuets qui s’y entassaient encore il y a peu, laissaient place à un espace épuré, tandis que sur les consoles, quelques sculptures en bois ajoutaient une touche rustique et familière. Certes, ces pièces n’avaient pas la finesse des œuvres que l’on trouvait dans le domaine Bertin-Regnault, mais avec un peu de chance, cela suffirait à offrir à Ermengard un semblant de chez-soi durant son séjour.
Elle avait exigé qu’on applique la même attention aux autres chambres, mais celle-ci méritait une inspection particulière : elle hébergerait le fils d’un vicomte. Oh, bien sûr, Ermengard avait fait preuve de son habituelle modestie en proposant de séjourner dans une auberge de l’Oeil du Loup, affirmant qu’il "ne souhaitait pas importuner la vicomtesse". Mais quel genre de vicomtesse aurait-elle été pour laisser un fils de vicomte dormir dans une auberge ?
"Savez-vous combien de temps Sire Ermengard restera à l'Oeil du Loup, madame ?
- Aussi longtemps que la recherche de son vassal lui prendra."
S’avançant vers le coffre en bout de lit, elle souleva délicatement le couvercle. Vide pour l’instant, il ne tarderait pas à être rempli par les nombreuses armes d’Ermengard. Elle fronça légèrement les sourcils à cette pensée, anticipant déjà la nécessité d’un second coffre pour contenir tout le bardas du chevalier. Près de la fenêtre, un mannequin en bois poli attendait patiemment d’être orné de l’armure imposante du fils de vicomte. "Si tant est qu’il daigne l’enlever un jour," songea-t-elle avec un soupçon d’ironie. Ermengard était de ces hommes qui portaient leur armure comme une seconde peau, toujours prêt à répondre à l’appel du devoir, même dans les moments de répit, mais elle serait bien hypocrite de lui en vouloir.
La jeune Amelaine, qui venait tout juste de célébrer ses vingt ans, frappa à la porte avant de s’incliner devant la vicomtesse.
"Madame, votre invité vient d’arriver.
- Faites-le monter ici et apportez ses affaires, répondit Lenore avec une voix mesurée, tout en ajustant le pli de ses jupons. Ensuite, je lui ferai visiter les lieux qu’il sera le plus susceptible d’utiliser."
L’élezenne s’inclina à nouveau, raide et disciplinée, avant de quitter la pièce avec promptitude, laissant Lenore seule dans la chambre. Son regard se posa sur le miroir ancien qu’elle avait fait installer face au lit. Bien que légèrement usé par le temps, il conservait un certain charme, suffisant pour l’usage temporaire auquel il était destiné. Lenore ajusta une mèche de ses cheveux tout en réfléchissant aux implications de cette visite.
Le rapprochement avec les Bertin était une évidence. Une alliance naturelle, presque prédestinée, mais qui ne manquerait pas de faire grincer des dents si les mariages Valsonge-Bertin venaient à se faire. Deux vicomtés alliées, c’était une rareté dans le paysage politique d’Ishgard, et cela renforçait d’autant plus l’importance de cette rencontre. Tout reposait désormais sur cette traque en cours et la chasse à courre prévue dans quelques semaines. Si tout se déroulait comme prévu, elle pourrait sceller un pacte — qu’il soit d’alliance ou d’amitié — avec les Bertin. Lenore se redressa, un éclat de détermination dans le regard.
Il fallait que tout soit parfait.

Elle comprenait désormais ce que ses parents avaient ressenti lorsqu’ils étaient encore vicomtes. Par devoir, ils avaient toujours été prêts à se sacrifier si cela signifiait protéger leur fief de toute menace. Son père avant elle s’était jeté dans la gueule du loup pour sauver sa mère, et aujourd’hui, c’était à son tour. Par devoir, elle avait pris les armes, levé une ost et marché vers Clairval. Mais Clairval n’existait plus. Ce n’était plus qu’un champ de ruines, souillé par ces maudits cultistes qui y avaient établi leur dernier bastion pour mener à bien leurs sombres desseins.
Le cri des hommes de l’Ost Riverhood vibrait en écho aux explosions orchestrées par les mages. Les nuages noirs pesaient sur le ciel, déchirés par les éclairs qui succombaient à la volonté de leurs maîtres sur terre. Au cœur du chaos, Seluna virevoltait autour d’un ogre, arrachant son unique œil d’un coup de chaîne, tandis qu’Ermengard encaissait les assauts, son bouclier solidement ancré face à l’ennemi. Isolde imposait sa loi à coups d’éther, Adonis et Dorian -malgré leur différend- s’unissaient pour protéger Lenore, qui chantait comme jamais auparavant, galvanisant les siens d’une énergie nouvelle.
"PERSONNE N'ATTAQUE LE LOUP BLANC SANS CONSÉQUENCES !"
Portés par la rage de vaincre, par leur patriotisme et par leur volonté d'en finir, ils repoussèrent et massacrèrent ces fanatiques qui avaient trop longtemps semé le chaos sur les terres du Loup Blanc. Argos trouva encore la force d’abattre les derniers survivants avant de s’effondrer au sol. Lenore épuisée tomba à genoux. Elle n’attendit pas de savoir si tout était réellement terminé. Rassemblant ce qu’il lui restait de forces, elle se redressa d’un bond et s’élança vers l’escalier menant aux profondeurs du complexe souterrain. L’éther ombral qui s’en dégageait était trop dense, trop instable. Les premiers signes d’une ouverture de portail du Néant.
Le cri des hommes de l’Ost Riverhood vibrait en écho aux explosions orchestrées par les mages. Les nuages noirs pesaient sur le ciel, déchirés par les éclairs qui succombaient à la volonté de leurs maîtres sur terre. Au cœur du chaos, Seluna virevoltait autour d’un ogre, arrachant son unique œil d’un coup de chaîne, tandis qu’Ermengard encaissait les assauts, son bouclier solidement ancré face à l’ennemi. Isolde imposait sa loi à coups d’éther, Adonis et Dorian -malgré leur différend- s’unissaient pour protéger Lenore, qui chantait comme jamais auparavant, galvanisant les siens d’une énergie nouvelle.
"PERSONNE N'ATTAQUE LE LOUP BLANC SANS CONSÉQUENCES !"
Portés par la rage de vaincre, par leur patriotisme et par leur volonté d'en finir, ils repoussèrent et massacrèrent ces fanatiques qui avaient trop longtemps semé le chaos sur les terres du Loup Blanc. Argos trouva encore la force d’abattre les derniers survivants avant de s’effondrer au sol. Lenore épuisée tomba à genoux. Elle n’attendit pas de savoir si tout était réellement terminé. Rassemblant ce qu’il lui restait de forces, elle se redressa d’un bond et s’élança vers l’escalier menant aux profondeurs du complexe souterrain. L’éther ombral qui s’en dégageait était trop dense, trop instable. Les premiers signes d’une ouverture de portail du Néant.


Lorsqu’ils franchirent les portes de l’Œil du Loup à l’aube, ce fut sous les ovations de toute une ville et les premiers chants des oiseaux. Le convoi de l’Ost avançait lentement, les charrettes chargées de blessés et de morts tirées par les chocobos restants. Malgré la victoire, on déplorait de lourdes pertes. Et chaque perte était un échec aux yeux de Lenore. Pourtant, pour une fois, la nouvelle année semblait s’ouvrir sous un meilleur présage. Fatiguée, elle ne remarqua pas immédiatement la silhouette frêle qui s’approchait d’elle. Une vieille femme aux traits marqués par l’âge tentait de se frayer un chemin, arrêtée aussitôt par deux Gardes Blancs. Avant qu’ils ne puissent la repousser, Lenore leva la main.
"Laissez-la passer."
Les soldats obtempérèrent sans discuter et s’écartèrent, permettant à la vieille dame de s’avancer. Petite, à peine haute comme trois pommes, elle portait un vieux tablier de chiffon sur sa robe de laine et un foulard noir noué sur ses cheveux gris.
"Madame la Vicomtesse… Vous êtes rentrée… Cela veut dire que vous avez gagné…?
Lenore inspira profondément avant d’esquisser un rare sourire, sincère.
- Nous avons repoussé et terrassé l’ennemi hors des terres de Gévaudan."
Aussitôt, un engouement grandit autour d’elle. On scandait son nom, celui de sa famille, on acclamait les chevaliers et on célébrait la victoire. Mais la vieille femme, elle, semblait ailleurs, scrutant la foule d’un regard inquiet, cherchant désespérément un visage familier.
"Mais… Où est mon fils, Madame…? Il s’appelle Gambert… Gambert Fillaux, Madame."
L’euphorie ambiante retomba brusquement, comme balayée par un vent glacé. Lenore chassa aussitôt son sourire factice et ferma les yeux un instant. D’un geste, elle intima à l’un de ses hommes d’apporter un colis. Une boîte, pas plus grande qu’un coffret à chaussures, enveloppée dans un tissu usé et partiellement calciné.
Sous le regard effaré de la vieille femme, Lenore écarta doucement le drap, révélant ce qu’il restait du chevalier Fillaux : un bras calciné, seule relique que l’on avait pu retrouver sur le champ de bataille. Madame Fillaux tomba à genoux, agrippant le bras de son fils comme si elle pouvait encore le serrer contre elle. Ses sanglots se perdirent dans le silence de la place, brisant l’illusion de liesse qui régnait quelques instants plus tôt.
Lenore, elle, resta de marbre. Si ses terres étaient libérés du joug des cultistes, ce n'était pas sans sacrifice qu'elle aurait préféré éviter. Comme à chaque fois.
"Laissez-la passer."
Les soldats obtempérèrent sans discuter et s’écartèrent, permettant à la vieille dame de s’avancer. Petite, à peine haute comme trois pommes, elle portait un vieux tablier de chiffon sur sa robe de laine et un foulard noir noué sur ses cheveux gris.
"Madame la Vicomtesse… Vous êtes rentrée… Cela veut dire que vous avez gagné…?
Lenore inspira profondément avant d’esquisser un rare sourire, sincère.
- Nous avons repoussé et terrassé l’ennemi hors des terres de Gévaudan."
Aussitôt, un engouement grandit autour d’elle. On scandait son nom, celui de sa famille, on acclamait les chevaliers et on célébrait la victoire. Mais la vieille femme, elle, semblait ailleurs, scrutant la foule d’un regard inquiet, cherchant désespérément un visage familier.
"Mais… Où est mon fils, Madame…? Il s’appelle Gambert… Gambert Fillaux, Madame."
L’euphorie ambiante retomba brusquement, comme balayée par un vent glacé. Lenore chassa aussitôt son sourire factice et ferma les yeux un instant. D’un geste, elle intima à l’un de ses hommes d’apporter un colis. Une boîte, pas plus grande qu’un coffret à chaussures, enveloppée dans un tissu usé et partiellement calciné.
Sous le regard effaré de la vieille femme, Lenore écarta doucement le drap, révélant ce qu’il restait du chevalier Fillaux : un bras calciné, seule relique que l’on avait pu retrouver sur le champ de bataille. Madame Fillaux tomba à genoux, agrippant le bras de son fils comme si elle pouvait encore le serrer contre elle. Ses sanglots se perdirent dans le silence de la place, brisant l’illusion de liesse qui régnait quelques instants plus tôt.
Lenore, elle, resta de marbre. Si ses terres étaient libérés du joug des cultistes, ce n'était pas sans sacrifice qu'elle aurait préféré éviter. Comme à chaque fois.
Le devoir était noble, mais il était loin de se montrer juste.

Quelques semaines plus tôt...
"Madame ? Une missive du bureau des affaires étrangères d'Ishgard pour vous.
- Le bureau des affaires étrangères d'Ishgard ?"
La surprise la tira de ses répétitions matinales. Aussitôt, Martine lui donna l'enveloppe qu'elle ne tarda pas à ouvrir pour en lire son contenu. Que lui voulait un représentant du gouvernement républicain du Coerthas jusqu'à imposer sa présence à l'institution ? À peine commençait-elle à avoir des pistes sur le culte qui sévissait sur son fief qu'on la sollicitait déjà ailleurs.
Ainsi soit-il, le début de la nouvelle année s'annonçait d'ores et déjà mouvementée, mais elle serait prête.
Dans l'obscurité de la suite aux rideaux tirés, Lenore demeurait en silence les yeux ouverts depuis de longues heures. Serrant entre ses doigts la soie légère des draps de son grand lit, son esprit se refusait à la stagnation d'un repos pourtant bien mérité.
Mais comment trouver le sommeil ? Si ce n’était pas la chaleur oppressante qui l’étouffait, c’était le poids écrasant des responsabilités diplomatiques qui accaparait son esprit. Le roi Gadiel était loin de refléter l'idée que l'on pouvait se faire d'un souverain respecté : gentil, simplet et naïf peut-être, seules ses fleurs aux propriétés magiques avaient mérité son attention au final. Avec aussi peu de qualité de prime abord, elle comprenait au fond les raisons derrière la contestation de son pouvoir par l'opposition. Cette mission ne serait pas simple, et une fois de plus, Derek la laissait dormir loin de ses bras dans un lit bien trop grand pour une personne, même pour une noble de son rang.
Qu'à cela ne tienne : à défaut de dormir, autant faire quelque chose de productif. Quittant la fraîcheur de son lit pour s'engouffrer dans la salle de bain, elle en ressortit drapée de cette longue toge blanche qu'elle avait acheté plus tôt de la journée aux côtés de Senna, Ténétiel et Adalheid. Il y avait longtemps qu'elle n'avait pas montré ses jambes, et elle ne s'y ferait peut-être jamais, mais qui pourrait la juger dans sa promenade nocturne parmi les longs couloirs aux grandes colonnes du palais ?
De passage en passage, ses pas la conduisirent régulièrement sur ces ponts qui reliaient les ailes du palais, offrant, pour la plupart, une vue imprenable sur les jardins qui faisaient sûrement l'orgueil de la royauté. En arrière-plan, l'étendue de la ville de Staodan se déployait à perte de vue, c'était à la fois dépaysant et à couper le souffle. L’architecture ne ressemblait à rien de ce qu’elle avait pu admirer au fil de ses voyages. Pas étonnant que Diana fut envoyée ici, elle qui incarnait la curiosité des savants de la Cité du Savoir devait se sentir dans son élément au cœur d’un tel sanctuaire de culture et de beauté.
Bercée dans ses pensées, elle ne remarqua pas tout de suite qu'elle s'était arrêtée au milieu de l'un des ponts, pas plus que la tignasse blanche de son limier en contre-bas. Elle la vit écrire frénétiquement sur un papier, grommelant sûrement des jurons dans sa barbe, avant de la voir partir aussitôt, laissant sur sa scène de crime un bout de papier doucement froissé.
Elle connaissait ce regard, cette hargne, cette soif de reconnaissance qui consumaient peu à peu la blanche. Elle ignorait peut-être beaucoup de choses chez elle ces derniers temps, accaparée par les responsabilités du vicomté, mais jamais elle ne pourrait passer à côté de ce regard, ni des mots qu'elle avait prononcé lors du dernier conseil. Lenore les avait déjà ressenti elle-même par le passé, régulièrement ignorée ou rabaissée lorsqu'elle faisait part de ses visions pleines de sens à un entourage qui ne voyait en elle qu’une jeune femme issue d’une bonne famille, destinée uniquement à briller par un mariage réussi. Hélas, ce n'était pas à elle de faire ce travail, comme on ne l'avait pas aidé à l'époque. Son respect venait du fruit de son travail, et malgré elle, elle plaçait cette même attente sur Seluna à qui elle avait déjà ouvert sa porte.
"Pas plus d'un miracle en une mission" se murmura-t-elle d'un sourire las en reprenant la route en direction des chambres d'invité. Avec un peu de chance, l’apaisement qu’elle avait trouvé sous l'éclat de l'astre lunaire suffirait à lui offrir le sommeil qu’elle n’espérait plus.
- Le bureau des affaires étrangères d'Ishgard ?"
La surprise la tira de ses répétitions matinales. Aussitôt, Martine lui donna l'enveloppe qu'elle ne tarda pas à ouvrir pour en lire son contenu. Que lui voulait un représentant du gouvernement républicain du Coerthas jusqu'à imposer sa présence à l'institution ? À peine commençait-elle à avoir des pistes sur le culte qui sévissait sur son fief qu'on la sollicitait déjà ailleurs.
Ainsi soit-il, le début de la nouvelle année s'annonçait d'ores et déjà mouvementée, mais elle serait prête.
Jour 1 : Bienvenue à Ayera
Le Thanalan, Gyr Abania, Thavnair et, plus récemment, le Tural. Après sept années à parcourir le monde, on ne pouvait pas dire que la dame était étrangère aux climats au-delà des frontières glaciales du Coerthas, surtout pas celui de Gyr Abania alors qu'elle se revoyait visiter Pleur caché lorsqu'Alden lui avait demandé de l'aide il y a quelques années maintenant. Elle avait affronté l'humidité suffocante du Tural, l'air tropical de la Noscea, la fraîcheur apaisante de la Forêt de Sombrelinceul et les vents brûlants du Thanalan. La liste semblait interminable. Et pourtant, malgré toute cette expérience, troquer la laine épaisse de ses robes pour la légèreté de la soie de sa robe de nuit n’avait rien changé à la chaleur accablante. Une fois de plus, l'acclimatation s'était révélée difficile dès son arrivée à Staodan.Dans l'obscurité de la suite aux rideaux tirés, Lenore demeurait en silence les yeux ouverts depuis de longues heures. Serrant entre ses doigts la soie légère des draps de son grand lit, son esprit se refusait à la stagnation d'un repos pourtant bien mérité.
Mais comment trouver le sommeil ? Si ce n’était pas la chaleur oppressante qui l’étouffait, c’était le poids écrasant des responsabilités diplomatiques qui accaparait son esprit. Le roi Gadiel était loin de refléter l'idée que l'on pouvait se faire d'un souverain respecté : gentil, simplet et naïf peut-être, seules ses fleurs aux propriétés magiques avaient mérité son attention au final. Avec aussi peu de qualité de prime abord, elle comprenait au fond les raisons derrière la contestation de son pouvoir par l'opposition. Cette mission ne serait pas simple, et une fois de plus, Derek la laissait dormir loin de ses bras dans un lit bien trop grand pour une personne, même pour une noble de son rang.
Qu'à cela ne tienne : à défaut de dormir, autant faire quelque chose de productif. Quittant la fraîcheur de son lit pour s'engouffrer dans la salle de bain, elle en ressortit drapée de cette longue toge blanche qu'elle avait acheté plus tôt de la journée aux côtés de Senna, Ténétiel et Adalheid. Il y avait longtemps qu'elle n'avait pas montré ses jambes, et elle ne s'y ferait peut-être jamais, mais qui pourrait la juger dans sa promenade nocturne parmi les longs couloirs aux grandes colonnes du palais ?
De passage en passage, ses pas la conduisirent régulièrement sur ces ponts qui reliaient les ailes du palais, offrant, pour la plupart, une vue imprenable sur les jardins qui faisaient sûrement l'orgueil de la royauté. En arrière-plan, l'étendue de la ville de Staodan se déployait à perte de vue, c'était à la fois dépaysant et à couper le souffle. L’architecture ne ressemblait à rien de ce qu’elle avait pu admirer au fil de ses voyages. Pas étonnant que Diana fut envoyée ici, elle qui incarnait la curiosité des savants de la Cité du Savoir devait se sentir dans son élément au cœur d’un tel sanctuaire de culture et de beauté.
Bercée dans ses pensées, elle ne remarqua pas tout de suite qu'elle s'était arrêtée au milieu de l'un des ponts, pas plus que la tignasse blanche de son limier en contre-bas. Elle la vit écrire frénétiquement sur un papier, grommelant sûrement des jurons dans sa barbe, avant de la voir partir aussitôt, laissant sur sa scène de crime un bout de papier doucement froissé.
Elle connaissait ce regard, cette hargne, cette soif de reconnaissance qui consumaient peu à peu la blanche. Elle ignorait peut-être beaucoup de choses chez elle ces derniers temps, accaparée par les responsabilités du vicomté, mais jamais elle ne pourrait passer à côté de ce regard, ni des mots qu'elle avait prononcé lors du dernier conseil. Lenore les avait déjà ressenti elle-même par le passé, régulièrement ignorée ou rabaissée lorsqu'elle faisait part de ses visions pleines de sens à un entourage qui ne voyait en elle qu’une jeune femme issue d’une bonne famille, destinée uniquement à briller par un mariage réussi. Hélas, ce n'était pas à elle de faire ce travail, comme on ne l'avait pas aidé à l'époque. Son respect venait du fruit de son travail, et malgré elle, elle plaçait cette même attente sur Seluna à qui elle avait déjà ouvert sa porte.
"Pas plus d'un miracle en une mission" se murmura-t-elle d'un sourire las en reprenant la route en direction des chambres d'invité. Avec un peu de chance, l’apaisement qu’elle avait trouvé sous l'éclat de l'astre lunaire suffirait à lui offrir le sommeil qu’elle n’espérait plus.

Jour 3 : Premières pistes
Parmi les nombreuses façons de découvrir les coutumes d'un pays, certains de la délégation avaient eu l'idée (ou l'audace) de s'inviter parmi les convives de la fête donnée par Dame Mihr, l'ex-conseillère du roi. Une occasion en or d'en apprendre plus sur la politique de Staodan que Lenore, contre toute attente, avait choisie de décliner. Oh bien sûr, elle aurait nagé comme un poisson dans l'eau au cœur de cette réception mondaine regroupant hommes influents et femmes de pouvoir. Pourtant, depuis leur rencontre avec le roi Gadiel, on ne l’avait que peu aperçue en dehors des repas au palais. Elle préférait de loin aux risques d’empoisonnement fréquents dans ce genre de soirée la quiétude de la bibliothèque royale. Demain elle serait reçue par un membre du sénat, autant ne pas rester les bras croisés en attendant son rendez-vous."J'ai trouvé ce que vous cherchiez, madame," fit calmement Senna en plaçant les grands ouvrages à la lueur des bougies qui éclairaient la table en marbre. La rousse l'avait rejointe dans cette aventure nocturne, non seulement pour répartir les troupes, mais aussi pour veiller à la sécurité de la vicomtesse. Lenore leva les yeux vers elle avec un sourire mesuré, celui qu'elle portait souvent depuis quelques lunes.
Sans surprise, les livres s'avérèrent aussi fascinants qu'utiles, à commencer par les trois grandes périodes de Staodan. La première, dite pré-invasion, décrivait une région divisée en quatre cités-États – Pidena, Ayera, Limani et Samicos – engagées dans des luttes incessantes pour le contrôle des terres. Ces cités-États cultivaient une dualité entre une culture martiale exacerbée et une quête de sagesse, nourrie par la philosophie et la magie. La seconde période, celle de l’invasion, marquait l’arrivée des troupes de Garlemald. Ces dernières, confrontées à une résistance et aux conflits internes déjà fort présents, avaient établi la plus grande base militaire de la région : Castrum Secundus. Enfin, la période post-invasion relatait la rébellion de la légion garlemaldaise, qui, dans un geste audacieux, avait déclaré sa sécession avant de fusionner avec le royaume naissant de Staodan. Ayera, choisie comme capitale, avait alors intégré à sa culture les technologies magitek imposées par Garlemald, les mêlant à ses traditions de magie, de philosophie et de martialité. Ironiquement, Castrum Secundus, autrefois outil de l’oppresseur, était devenu le bastion protecteur de ce royaume à la culture unique, mêlant des influences eorzéennes et garlemaldaises.
Son intérêt fut davantage piqué par la présence d'un sénat. Contrairement à la plupart des royaumes où le monarque détenait un pouvoir absolu, ici, les décisions royales pouvaient être contestées par les sénateurs, chargés d’examiner et, si nécessaire, de contrer les lois. Plus encore, le roi pouvait être destitué si le peuple le réclamait par référendum, un processus supervisé par le sénat.
"Fascinant..." murmura-t-elle, ses doigts effleurant les pages. Ce système de gouvernance, bien que risqué, offrait une stabilité fragile mais impressionnante ; de quoi ravir l'opposition avec un tel équilibre précaire. Une idée qui, pour une noble ishgardaise, relevait presque de l’utopie.

Le lendemain de leurs recherches, l'atmosphère était tout autre. La fraîcheur des colonnes en marbre, aussi blanches que le sol, repoussait la chaleur écrasante qui s’évertuait en vain à s’infiltrer dans la grande salle. En son centre trônait un vaste bassin d’eau tiède, où un homme grassouillet se prélassait, entouré de servantes. Certaines agitaient de larges feuilles de palmier, d’autres tenaient des serviettes prêtes à être utilisées. Lorsqu’il leva enfin les yeux sur les deux nobles étrangères, son visage trahit un mépris mal dissimulé.
"Le roi Gadiel possède un bon nombre de partisans au sénat, mais il est loin de faire l'unanimité.
- Mais encore ?" répondit Lenore, la voix olympienne.
D’un geste nonchalant, l’homme saisit une serviette tendue par une servante et l’attacha autour de sa taille en sortant du bain. Senna détourna maladroitement les yeux, cherchant où poser son regard, tandis que Lenore tint bon à son plus grand désarroi intérieur.
"Voyez-vous," reprit-il en essuyant ses bras potelés avec une autre serviette, "cela aurait été trop simple si sa Majesté n’avait pas d’opposants après la mort de notre regretté Araqiel. Avec un roi davantage préoccupé par les questions sociales que par l’économie ou l’art militaire, il était inévitable que des voix discordantes s’élèvent. Certains sénateurs commencent à remettre en question sa légitimité. C’était prévisible, mais je dois avouer que je me réjouis de voir comment cette histoire se terminera."
Il accompagna ses paroles d’un sourire long et artificiel, non sans rappeler à Lenore ceux qu'elle pouvait retrouver sur le visage des nobles d'Ishgard qui n'étaient pas si différents de ceux des politiciens de Staodan. Heureusement, celui-ci semblait aligné avec les intérêts du roi Gadiel. Les murmures des domestiques que Lenore avait interrogés plus tôt confirmaient que l’opposant principal du roi, Manius, avait effectué plusieurs séjours dans la capitale, bien que ses interactions avec le souverain aient été sporadiques. Cependant, ce fut bien à lui que le défunt roi Araqiel confia ses derniers mots sur son lit de mort, malgré l'absence de domestiques au moment des faits.
La conversation fut brève, et les deux femmes ne s’attardèrent pas plus. Plus tard, leurs chemins se séparèrent lorsque Senna fut appelée à rejoindre Ténétiel, laissant Lenore seule face à la rambarde qui surplombait le grand fleuve tranquille longeant la ville. En contre-bas, elle voyait aller et venir les dockers sur les quais maritimes. Derrière elle, les enfants au troisième œil se courraient après en criant de joie. Le soleil, brillant haut dans le ciel, montrait chaque recoin de la capitale.
Qu'importe l'issue de cette mission. Ce n'était pas si mal d'être à Staodan malgré tout.

Jour 6 : Pré-congrès"Et si Sire de Fortemps-Beson savait que le loup blanc cherchait toujours la vérité ?" Après avoir clôturé leur petite réunion clandestine dans ses appartements au palais du roi, Lenore rejoignit le balcon attenant le regard plongé vers l'étendue de la ville dans laquelle ils étaient tous perdus. Elle n'y faisait pas exception, mais ce fut pour d'autres raisons. L'entrevue avec Manius s'était mieux passée qu'elle ne l'aurait espéré, et pourtant elle ressentait encore sa soif de vérité lui courir tout le long de l'échine. Cette impulsivité n'était pas sans lui rappeler le "fiasco" du bal de Maguerite de Siscée, il y a des années de cela. Elle avait eu ce qu'elle était venue récupérer au prix de se voir attribuer le surnom d'inquisitrice pour la première fois en tant que Riverhood. Une fois de plus, il en fallut de peu ce soir-là. Si Dorian n'avait pas posé sa main sur son épaule, elle aurait sûrement utiliser sa voix pour… Elle secoua la tête en regagnant son divan pour s'y asseoir. Elle passa en revue les rapports qu'ils faisaient depuis leur arrivée : Manius, le roi Gadiel, le Haut Général Nubilis, dame Mihr, la guilde des Marchands, Araqiel… Chaque nom portrait une importance dans cette histoire. Cette affaire de succession tardive entre Araqiel et Gadiel dépassait de loin leur rôle de simples diplomates étrangers. Pourtant, la question de Seluna demeurait dans son esprit qui se refusait à la stagnation. Le Loup Blanc cherchait toujours la vérité, c'était ce qui faisait sa renommée au-delà de leur traque du néant. Pour autant, il s'agissait toujours d'un jeu dangereux. A trop s'approcher de la vérité, ils s'exposaient à de nombreux dangers. Ce membre du ministère des Affaires Étrangères les avait réunis pour une bonne raison : contrer les faucheurs, ces alliés de Manius à qui il avait promis une citoyenneté que le roi Gadiel persistait à leur refuser. S'il avait voulu qu'ils interviennent beaucoup plus frontalement, il leur aurait dit. Oui, il l'aurait… fait. | ![]() |
Jour 7 : La trahison de Manius
![]() | Personne ne comprenait ce qui se passait, mais tout le monde sut immédiatement que Manius n’avait jamais eu l’intention d’honorer ce congrès. Attaquer le palais le jour où le bouclier était en maintenance n’était pas un coup de génie, mais une stratégie prévisible. Pourtant, elle ne l’avait compris que trop tard. "Votre Grâce ! - Dame Lenore, tout va bien ?! - Adalheid !" Lorsqu'elle reprit conscience, toujours sonnée, la vague de poussière retombait doucement sur les pierres, mêlée aux débris éparpillés autour d’elle. En relevant la tête, elle aperçut le trou béant duquel ils étaient tous tombés, et les souvenirs affluèrent à la seconde. La conversation avec Ermengard, les premiers soupçons, l'attaque de Manius, le sol qui s'effondre… et Seluna et Dorian, se jetant sur elle pour la protéger. Protéger… La pensée lui traversa l’esprit comme une décharge électrique. Elle leva les yeux pour voir les deux métis s’assurer de son état, leur regard inquiet braqué sur elle. Non loin, Ermengard faisait de même avec Adalheid, tandis qu’Ambroise vérifiait la condition de Ténétiel, le tout sous une cacophonie de cris et d’explosions étouffées qui résonnaient au loin. |
La priorité était de rejoindre la Parole d'Halone, et surtout, Alice. La mission compromise, la règle était simple : s’exfiltrer et rentrer à Ishgard sains et saufs. Sortis des décombres, leur traversée d’Ayera fut un véritable calvaire. Les soldats de Manius affrontaient ceux de Gadiel dans des combats acharnés, tandis que dans le ciel, des aéronefs sombres larguaient des missiles sur des cibles stratégiques. Au moins, avaient-ils la décence d’épargner la population civile. À coups de percées et de magie, ils parvinrent à progresser à travers la cité pour atteindre l’aérodrome, mais le pire restait à venir. La foule s’amassait en masse sous les portiques, et pourtant, aucun aéronef ne semblait prêt à décoller. | ![]() |
Leur inquiétude fut apaisée par la voix d’Alice qui s’éleva au-dessus du tumulte :
"Vous êtes là ! Par la Conquérante ! On ne peut pas décoller, les canons protecteurs sont sous contrôle ennemi !"
Résignés, ce n’était qu’un nouvel obstacle parmi tant d’autres pour assurer leur sécurité et celle des habitants. De chemins en détours, ils purent atteindre l'un des deux canons tombés aux mains des forces de Manius. La tactique pour le reprendre était bancale, mais leur fatigue l’était encore plus. Lenore, épuisée mais protégée par Seluna, peinait à rester consciente, ses forces vidées par l’usage excessif de sa voix. Parfois, Dorian la regardait d’un œil sombre. Depuis ce jour, assis sur ce banc où elle lui avait révélé l’impensable, il avait appris à détester son don. Sa magie. Son pouvoir. À ses yeux, ce cadeau n’était qu’une arme à double tranchant, toujours trop coûteuse à manier. Mais Lenore refusait catégoriquement de le reléguer au silence, surtout lorsqu’il pouvait renverser une situation désespérée pour le mieux… ou, comme ici, pour le pire.
D’une voix éthérée, résonnant avec une autorité presque surnaturelle, elle avait ordonné à quelques gardes de Manius de se coucher, c'était mieux que de prendre leur vie. Pourtant, son pouvoir ne tarda pas à montrer ses conséquences : l’un des aéronefs ennemis, déstabilisé dans sa trajectoire, vint s’écraser sur une tour voisine, dans un grondement assourdissant qui fit trembler le sol sous leurs pieds.
Les regards échangés à cet instant furent lourds de sens. L’efficacité de sa voix était indéniable, mais à quel prix ? Elle le savait, et eux aussi : chaque mot prononcé ainsi la rapprochait un peu plus de l’épuisement, voire de la chute.
Finalement, ils réussirent à reprendre le contrôle du canon et embarquèrent à bord d’un aéronef civil pour fuir en direction de Parangellia. Ce ne fut cependant pas la Parole d’Halone qu’ils atteignirent immédiatement, car leur départ fut marqué par un combat aérien dantesque entre l'aéronef d'Ishgard et un autre ennemi. Ainsi, la guerre reprenait. Manius avait brisé son cessez-le-feu, et Ayera, désormais encerclée par le bouclier qui venait de terminer sa maintenance, se retrouvait piégée. Lenore, assise à bord, observait la ville s’éloigner peu à peu à travers les hublots, le cœur lourd. Diana était restée là-bas. Fidèle à elle-même, elle avait mené sa mission jusqu’au bout, ou du moins, c’est ce qu’ils pensèrent tous ce soir-là, lorsqu’ils n’étaient pas rongés par l’inquiétude pour l’autre moitié de la délégation restée sur place.
Lenore, pourtant, ne s’en faisait que peu. Zael était avec eux, tout comme Adonis. Et puis, elle l’aurait su bien assez tôt s’ils n’avaient pas été à la hauteur. Entre ses doigts, elle faisait glisser son collier frontal, son saphir irradiant d’un éther léger. Halone, dans Sa clémence ou Sa sévérité, le lui aurait fait savoir.
"Vous êtes là ! Par la Conquérante ! On ne peut pas décoller, les canons protecteurs sont sous contrôle ennemi !"
Résignés, ce n’était qu’un nouvel obstacle parmi tant d’autres pour assurer leur sécurité et celle des habitants. De chemins en détours, ils purent atteindre l'un des deux canons tombés aux mains des forces de Manius. La tactique pour le reprendre était bancale, mais leur fatigue l’était encore plus. Lenore, épuisée mais protégée par Seluna, peinait à rester consciente, ses forces vidées par l’usage excessif de sa voix. Parfois, Dorian la regardait d’un œil sombre. Depuis ce jour, assis sur ce banc où elle lui avait révélé l’impensable, il avait appris à détester son don. Sa magie. Son pouvoir. À ses yeux, ce cadeau n’était qu’une arme à double tranchant, toujours trop coûteuse à manier. Mais Lenore refusait catégoriquement de le reléguer au silence, surtout lorsqu’il pouvait renverser une situation désespérée pour le mieux… ou, comme ici, pour le pire.
D’une voix éthérée, résonnant avec une autorité presque surnaturelle, elle avait ordonné à quelques gardes de Manius de se coucher, c'était mieux que de prendre leur vie. Pourtant, son pouvoir ne tarda pas à montrer ses conséquences : l’un des aéronefs ennemis, déstabilisé dans sa trajectoire, vint s’écraser sur une tour voisine, dans un grondement assourdissant qui fit trembler le sol sous leurs pieds.
Les regards échangés à cet instant furent lourds de sens. L’efficacité de sa voix était indéniable, mais à quel prix ? Elle le savait, et eux aussi : chaque mot prononcé ainsi la rapprochait un peu plus de l’épuisement, voire de la chute.
Finalement, ils réussirent à reprendre le contrôle du canon et embarquèrent à bord d’un aéronef civil pour fuir en direction de Parangellia. Ce ne fut cependant pas la Parole d’Halone qu’ils atteignirent immédiatement, car leur départ fut marqué par un combat aérien dantesque entre l'aéronef d'Ishgard et un autre ennemi. Ainsi, la guerre reprenait. Manius avait brisé son cessez-le-feu, et Ayera, désormais encerclée par le bouclier qui venait de terminer sa maintenance, se retrouvait piégée. Lenore, assise à bord, observait la ville s’éloigner peu à peu à travers les hublots, le cœur lourd. Diana était restée là-bas. Fidèle à elle-même, elle avait mené sa mission jusqu’au bout, ou du moins, c’est ce qu’ils pensèrent tous ce soir-là, lorsqu’ils n’étaient pas rongés par l’inquiétude pour l’autre moitié de la délégation restée sur place.
Lenore, pourtant, ne s’en faisait que peu. Zael était avec eux, tout comme Adonis. Et puis, elle l’aurait su bien assez tôt s’ils n’avaient pas été à la hauteur. Entre ses doigts, elle faisait glisser son collier frontal, son saphir irradiant d’un éther léger. Halone, dans Sa clémence ou Sa sévérité, le lui aurait fait savoir.
Jour 8 : Premières ingérences
Le calme était revenu, mais la tension restait palpable. À bord de l’aéronef, les visages étaient marqués par l’épuisement, l'inquiétude et le deuil, pourtant personne n’osait briser le silence lorsque Lenore convoqua Ténétiel près de la proue. Cela faisait déjà plusieurs jours qu’elle était au fait de ses cachotteries, de ses manigances. Hélas, il avait fallu que l’attaque survienne à ce moment précis.
"Ce qui est arrivé à Ayera est regrettable.
- En effet, fit Ténétiel avec une légère frustration. Les risques d'un coup d'état étaient grands, mais Caelius est allé plus loin qu'envisagé.
- J'aurais dû moi-même le voir venir après certaines informations reçues. Ce que je ne pouvais imaginer, cela dit, c'était votre tendance à agir derrière nos dos."
Comme à son habitude, la vicomtesse gérait ces cas d'ingérence avec une main de fer dans un gant de velours. Elle parla des messages qu’elle avait désépinglés du tableau du capitaine de Bertin et des observations consignées par Seluna, qui l’avait vue s’entretenir en secret avec Manius. Ténétiel se confondit en excuses, expliquant que ses craintes d’un complot entre Ishgard et Staodan l’avaient poussée à agir seule. Ses explications faisaient sens, et les suspicions de trahison furent écartées. Pour autant... Cette question lui revenait sans cesse en tête : et s’ils avaient été menés ici pour arrêter autre chose ?
Parangellia n’était plus très loin, et la fatigue pesait lourd sur chacun d’eux après des heures passées à soigner les blessés parmi les civils. Au moins, Lenore pouvait être soulagée que ce premier cas d’ingérence n’ait pas eu de conséquences plus graves. Pour l’instant.
"Ce qui est arrivé à Ayera est regrettable.
- En effet, fit Ténétiel avec une légère frustration. Les risques d'un coup d'état étaient grands, mais Caelius est allé plus loin qu'envisagé.
- J'aurais dû moi-même le voir venir après certaines informations reçues. Ce que je ne pouvais imaginer, cela dit, c'était votre tendance à agir derrière nos dos."
Comme à son habitude, la vicomtesse gérait ces cas d'ingérence avec une main de fer dans un gant de velours. Elle parla des messages qu’elle avait désépinglés du tableau du capitaine de Bertin et des observations consignées par Seluna, qui l’avait vue s’entretenir en secret avec Manius. Ténétiel se confondit en excuses, expliquant que ses craintes d’un complot entre Ishgard et Staodan l’avaient poussée à agir seule. Ses explications faisaient sens, et les suspicions de trahison furent écartées. Pour autant... Cette question lui revenait sans cesse en tête : et s’ils avaient été menés ici pour arrêter autre chose ?
Parangellia n’était plus très loin, et la fatigue pesait lourd sur chacun d’eux après des heures passées à soigner les blessés parmi les civils. Au moins, Lenore pouvait être soulagée que ce premier cas d’ingérence n’ait pas eu de conséquences plus graves. Pour l’instant.

Jour 11 : Honte au sang Riverhood
"Vous avez quoi…?
- Je n’ai pas combattu... Quand les hommes de Manius se sont dressés, j’ai baissé mes armes. J’ai refusé de me battre. Je reconnais avoir été séduit par les promesses de cet homme et par la noblesse que j’ai cru percevoir dans ses paroles. J’ai mis en danger notre sang, et Halone elle-même m’a condamné pour trahison envers les Riverhood. Je ne suis qu’un traître à notre famille, Vicomtesse."
Adonis baissa la tête, résigné, ses doigts crispés se mordant presque d'eux-mêmes. Si ce n’était pas lui, cela aurait été quelqu’un d’autre, et peut-être aurait-ce été pire encore, compte tenu du sang qui coulait dans ses veines. Un Riverhood se devait d’être loyal, prompt à rechercher la vérité et, surtout, un fervent défenseur contre l’occulte et le paranormal. Adonis avait bafoué chaque précepte de sa lignée et faisait face à des remords qu’aucun Riverhood digne de ce nom n’aurait dû éprouver.
"Si je dois être banni de cette délégation et de nos terres... C'est à vous que revient cette décision."
Adonis ferma les yeux et baissa un peu plus la tête pour cacher son visage. Le poids de sa culpabilité qu’il avait tenté en vain d’atténuer ne faisait que s’alourdir à sa juste mesure. Finalement, Lenore prit enfin parole.
"Jusqu'à ce que votre honneur soit lavé, vous ne porterez plus l'emblème du Loup Blanc. Vous ne serez qu'un simple soldat, et non un chevalier Riverhood. A notre retour, vous parcourrez le Gévaudan et vous vous occuperez de chasser les impies qui ont trouvé refuge à Cendreval."
La sentence tomba, implacable. La rage contenue dans ses mots ne laissait place à aucune rémission.
Face à son reflet tremblant dans l’eau de la bassine de fortune apportée à sa tente, Lenore poussa un soupir. C’en était fini pour ce soir. Demain, elle devrait reprendre son masque d’assurance, faire comme si tout était sous contrôle. Comme si rien de grave ne s’était passé. Elle continuerait de porter ce visage inflexible, celui qu’on attendait d’elle, celui qu’il attendait d’elle.
Aucune trahison ne devait rester impuni, et justice devait être faite pour tous les torts qu'il avait causé. A ses camarades, ainsi qu'à son propre sang.
"Il n'y aura aucune exception... même dans mon propre sang... quoi qu'il m'en coûte."
Elle murmura ces mots à son reflet, s’entraînant à garder la tête haute pour affronter le jugement des autres. Personne ne lui dirait qu’elle avait eu tort, mais elle savait déjà. Le pelage immaculé du Loup Blanc était entaché. Les Riverhood avaient toujours su se dresser face à la menace du Néant, malgré elle elle laissait allègrement la compétition du "qui trahira en premier ?" aux Valsonge en tête de classement. Aucun d’eux n’avait failli… jusqu’à ce jour.
Dans un élan de rage, elle balaya la table devant elle, projetant à terre tout ce qui s’y trouvait. Un cri déchirant s’échappa de sa gorge, résonnant dans le silence pesant du camp. Personne ne vint. Personne n’osa. En revanche, elle entendit bientôt la bassine remise en place sur la table. Seluna était là. La chasseuse avait pénétré la tente sans un bruit, se tenant dans l’ombre, laissant sa vicomtesse expier sa colère. Seluna ne dit rien, mais dans son regard, il n’y avait ni peur ni jugement. Seulement une loyauté inébranlable.
- Je n’ai pas combattu... Quand les hommes de Manius se sont dressés, j’ai baissé mes armes. J’ai refusé de me battre. Je reconnais avoir été séduit par les promesses de cet homme et par la noblesse que j’ai cru percevoir dans ses paroles. J’ai mis en danger notre sang, et Halone elle-même m’a condamné pour trahison envers les Riverhood. Je ne suis qu’un traître à notre famille, Vicomtesse."
Adonis baissa la tête, résigné, ses doigts crispés se mordant presque d'eux-mêmes. Si ce n’était pas lui, cela aurait été quelqu’un d’autre, et peut-être aurait-ce été pire encore, compte tenu du sang qui coulait dans ses veines. Un Riverhood se devait d’être loyal, prompt à rechercher la vérité et, surtout, un fervent défenseur contre l’occulte et le paranormal. Adonis avait bafoué chaque précepte de sa lignée et faisait face à des remords qu’aucun Riverhood digne de ce nom n’aurait dû éprouver.
"Si je dois être banni de cette délégation et de nos terres... C'est à vous que revient cette décision."
Adonis ferma les yeux et baissa un peu plus la tête pour cacher son visage. Le poids de sa culpabilité qu’il avait tenté en vain d’atténuer ne faisait que s’alourdir à sa juste mesure. Finalement, Lenore prit enfin parole.
"Jusqu'à ce que votre honneur soit lavé, vous ne porterez plus l'emblème du Loup Blanc. Vous ne serez qu'un simple soldat, et non un chevalier Riverhood. A notre retour, vous parcourrez le Gévaudan et vous vous occuperez de chasser les impies qui ont trouvé refuge à Cendreval."
La sentence tomba, implacable. La rage contenue dans ses mots ne laissait place à aucune rémission.
Face à son reflet tremblant dans l’eau de la bassine de fortune apportée à sa tente, Lenore poussa un soupir. C’en était fini pour ce soir. Demain, elle devrait reprendre son masque d’assurance, faire comme si tout était sous contrôle. Comme si rien de grave ne s’était passé. Elle continuerait de porter ce visage inflexible, celui qu’on attendait d’elle, celui qu’il attendait d’elle.
Aucune trahison ne devait rester impuni, et justice devait être faite pour tous les torts qu'il avait causé. A ses camarades, ainsi qu'à son propre sang.
"Il n'y aura aucune exception... même dans mon propre sang... quoi qu'il m'en coûte."
Elle murmura ces mots à son reflet, s’entraînant à garder la tête haute pour affronter le jugement des autres. Personne ne lui dirait qu’elle avait eu tort, mais elle savait déjà. Le pelage immaculé du Loup Blanc était entaché. Les Riverhood avaient toujours su se dresser face à la menace du Néant, malgré elle elle laissait allègrement la compétition du "qui trahira en premier ?" aux Valsonge en tête de classement. Aucun d’eux n’avait failli… jusqu’à ce jour.
Dans un élan de rage, elle balaya la table devant elle, projetant à terre tout ce qui s’y trouvait. Un cri déchirant s’échappa de sa gorge, résonnant dans le silence pesant du camp. Personne ne vint. Personne n’osa. En revanche, elle entendit bientôt la bassine remise en place sur la table. Seluna était là. La chasseuse avait pénétré la tente sans un bruit, se tenant dans l’ombre, laissant sa vicomtesse expier sa colère. Seluna ne dit rien, mais dans son regard, il n’y avait ni peur ni jugement. Seulement une loyauté inébranlable.

Jour 18 : Suffocation
En ouvrant les yeux, elle s’attendait à retrouver les fresques familières de ces dernières semaines : un plafond de marbre poli ou la toile sombre d’une tente, les rires lointains des marchands ou les sanglots des familles brisées, la chaleur sèche.
Mais il n'en était rien.
Seul le plafond froid et austère de la pierre ishgardaise l’accueillit, accompagné du sifflement du blizzard contre sa fenêtre et du poids rassurant des bras de l'Aigle refermés autour de sa taille, la protégeant du froid mordant du Coerthas. Sous sa paume posée contre son torse, elle sentait battre son cœur, ce rythme sourd et régulier qu’elle chérissait depuis son retour. Une sensation dont elle ne se lassait plus depuis son réveil, et depuis les nouvelles instructions. La volonté de Messire de Fortemps-Beson était sans appel : poursuivre la mission coûte que coûte, maintenant que la délégation avait touché au problème de fond.
"Un démon de haut rang... Il fallait que ce soit l’ennemi direct de la Légion."
Elle inspira profondément, mais l'inquiétude en elle ne partait pas. Derek et elle savaient déjà qu’ils allaient devoir se séparer à nouveau. Ils savaient aussi que leurs enfants ne cacheraient pas leur tristesse, qu’il leur faudrait une fois de plus expliquer l’inexplicable, prétendre que tout allait bien alors que l'incertitude grandissait à l’horizon.
Il y avait longtemps qu’elle n’avait plus goûté à ce sentiment double, ce mélange amer entre la fierté d’avoir trouvé la source du mal et la colère face aux mensonges qu’on avait osé lui faire avaler. S’il n’y avait pas eu Dorian, qui sait jusqu’où elle aurait été prête à aller pour obtenir ce qu’elle voulait.
Elle se redressa du lit, ses pieds nus touchant le bois glacé du plancher, tandis que l'obscurité de la chambre l'enveloppait encore derrière les lourds rideaux de velours. Elle sentit le froid, mais ce n’était pas ce qui lui fit frissonner. Une sensation étrange lui remonta le long de l’échine, une intuition qui serra son cœur avant même qu’elle n’en comprenne la raison. Elle resta debout un instant, le regard droit sur son armure immobile. Pourtant, au loin, dans un coin reculé de son esprit, des échos remontèrent. Le rugissement des machines de guerre. Les cris indistincts des soldats et des civils. Puis les visages. Celui de Ténétiel, empreint d’excuses à peine murmurées. Celui de Seluna, détournant le regard au moment où elle aurait dû parler. Celui d’Adrien, impérial et inébranlable.
La réalité la frappa de plein fouet, comme un coup résonnant contre la porte de son esprit. Si elle avait toujours eu en horreur les mensonges, le plus grand d’entre eux était pourtant celui qu’elle s’infligeait.
"Si on vous demandait de dire la vérité, et que cette vérité pouvait tuer quelqu'un qui vous est cher, le feriez-vous, madame de Riverhood ?
- ... Hélas, oui.
- Par Halone... Et qu'en est-il des notions de justice...? Diriez-vous la vérité qu'importe les conséquences ? Au vu de la réputation de votre Maison, j'aurai pensé que cette notion vous parle à coeur.
- Alors vous connaissez mal les Riverhood, mademoiselle Ténétiel. La réputation de notre droiture n'est pas qu'une vertu. Elle vient avec ses conséquences également. Et je n'ai jamais hésité. A commencer par Adonis."
Elle frémit en revoyant l'état dans lequel se trouvait désormais son cousin. Une douleur lancinante, éveillée par des souvenirs, pointa dans son coeur.
"Vous avez échoué, Seluna.
- Je... Vous fais confiance quand vous prenez des décisions, madame. Parce que j'ai foi en vous. Je ne comprends pas... Je devrais vous priver de votre libre arbitre ? Elle n'aurait jamais accepté de faire cet arrangement avec moi, il n'y avait que vous à ses yeux.
- Je prends les décisions, oui. Il est mon devoir de le faire et comme précisé, j'ai assuré mes arrières. Je me suis protégée. Toute seule. Mais de votre côté, un protecteur ne devrait jamais, ô grand jamais, laisser son maître faire un aussi gros sacrifice. Par principe. Par valeur. Par honneur envers votre maître.
- Je n'ai pas pensé ... au principe. Je n'ai vu que ce qui me paraissait évident. L'exploitation de la fragilité de ce pacte.
- Vous avez pensé comme une politicienne. Une joueuse d'échecs. Pas une protectrice.
- Vous pouvez le dire. Ce sont les démons qui cherchent les petites lignes."
Son regard glissa sur sa main gauche où, quelques heures plus tôt, une marque éthérée avait été gravée. Ténétiel avait toujours été singulière, mais elle ne l’avait jamais imaginée aussi… différente. Bientôt, elle saurait si cette charge lui reviendrait, ou si Célestin en hériterait à sa place. Le goût amer des trahisons emplit la bouche. Au final, Seluna avait réparé son erreur plus vite qu'elle ne l'aurait cru, et en même temps elle se demandait pourquoi elle n'avait pas pensé à son sang de Valsonge plus tôt. Qu'importe la haine qu'elle pouvait avoir envers ses parents et sa famille, elle avait agi comme eux : la fin justifie les moyens. Lenore poussa un énième soupir. Il était inutile de lui rendre son titre de protectrice dès maintenant. Seluna avait comblé sa faute, certes, mais elle allait devoir le mériter à nouveau. Comme elle en tant que cheffe de la délégation auprès d'Adrien de Fortemps-Beson.
"Lorsque vous retournerez à Staodan, je souhaite que Ténétiel soit à vos côtés dans chacune de vos actions, qu'elle se rende avec vous dans chaque lieu où vous irez."
Un nouveau frisson remonta le long de son dos. C'est vrai, elle avait froid. Elle laissa là son armure, préférant saisir le long peignoir posé près du lit, lorsqu’un froissement attira son attention. Son époux venait de se réveiller. Lenore se tourna pour le voir assis, toujours aussi assuré, son regard ancré dans le sien. À présent haut dans le ciel des Contreforts, le soleil filtrait à travers les interstices laissés par les rideaux de velours, caressant d’une lueur dorée le torse marqué de l’aigle. Il ne prononça pas un mot, mais elle n’en avait pas besoin. La volonté parlait d’elle-même. Ses doigts glissèrent du tissu qu’elle s’apprêtait à enfiler, et dans un silence entendu, elle revint vers le lit.
Son départ pour Staodan pouvait bien attendre quelques heures de plus.
Mais il n'en était rien.
Seul le plafond froid et austère de la pierre ishgardaise l’accueillit, accompagné du sifflement du blizzard contre sa fenêtre et du poids rassurant des bras de l'Aigle refermés autour de sa taille, la protégeant du froid mordant du Coerthas. Sous sa paume posée contre son torse, elle sentait battre son cœur, ce rythme sourd et régulier qu’elle chérissait depuis son retour. Une sensation dont elle ne se lassait plus depuis son réveil, et depuis les nouvelles instructions. La volonté de Messire de Fortemps-Beson était sans appel : poursuivre la mission coûte que coûte, maintenant que la délégation avait touché au problème de fond.
"Un démon de haut rang... Il fallait que ce soit l’ennemi direct de la Légion."
Elle inspira profondément, mais l'inquiétude en elle ne partait pas. Derek et elle savaient déjà qu’ils allaient devoir se séparer à nouveau. Ils savaient aussi que leurs enfants ne cacheraient pas leur tristesse, qu’il leur faudrait une fois de plus expliquer l’inexplicable, prétendre que tout allait bien alors que l'incertitude grandissait à l’horizon.
Il y avait longtemps qu’elle n’avait plus goûté à ce sentiment double, ce mélange amer entre la fierté d’avoir trouvé la source du mal et la colère face aux mensonges qu’on avait osé lui faire avaler. S’il n’y avait pas eu Dorian, qui sait jusqu’où elle aurait été prête à aller pour obtenir ce qu’elle voulait.
Elle se redressa du lit, ses pieds nus touchant le bois glacé du plancher, tandis que l'obscurité de la chambre l'enveloppait encore derrière les lourds rideaux de velours. Elle sentit le froid, mais ce n’était pas ce qui lui fit frissonner. Une sensation étrange lui remonta le long de l’échine, une intuition qui serra son cœur avant même qu’elle n’en comprenne la raison. Elle resta debout un instant, le regard droit sur son armure immobile. Pourtant, au loin, dans un coin reculé de son esprit, des échos remontèrent. Le rugissement des machines de guerre. Les cris indistincts des soldats et des civils. Puis les visages. Celui de Ténétiel, empreint d’excuses à peine murmurées. Celui de Seluna, détournant le regard au moment où elle aurait dû parler. Celui d’Adrien, impérial et inébranlable.
La réalité la frappa de plein fouet, comme un coup résonnant contre la porte de son esprit. Si elle avait toujours eu en horreur les mensonges, le plus grand d’entre eux était pourtant celui qu’elle s’infligeait.
"Si on vous demandait de dire la vérité, et que cette vérité pouvait tuer quelqu'un qui vous est cher, le feriez-vous, madame de Riverhood ?
- ... Hélas, oui.
- Par Halone... Et qu'en est-il des notions de justice...? Diriez-vous la vérité qu'importe les conséquences ? Au vu de la réputation de votre Maison, j'aurai pensé que cette notion vous parle à coeur.
- Alors vous connaissez mal les Riverhood, mademoiselle Ténétiel. La réputation de notre droiture n'est pas qu'une vertu. Elle vient avec ses conséquences également. Et je n'ai jamais hésité. A commencer par Adonis."
Elle frémit en revoyant l'état dans lequel se trouvait désormais son cousin. Une douleur lancinante, éveillée par des souvenirs, pointa dans son coeur.
"Vous avez échoué, Seluna.
- Je... Vous fais confiance quand vous prenez des décisions, madame. Parce que j'ai foi en vous. Je ne comprends pas... Je devrais vous priver de votre libre arbitre ? Elle n'aurait jamais accepté de faire cet arrangement avec moi, il n'y avait que vous à ses yeux.
- Je prends les décisions, oui. Il est mon devoir de le faire et comme précisé, j'ai assuré mes arrières. Je me suis protégée. Toute seule. Mais de votre côté, un protecteur ne devrait jamais, ô grand jamais, laisser son maître faire un aussi gros sacrifice. Par principe. Par valeur. Par honneur envers votre maître.
- Je n'ai pas pensé ... au principe. Je n'ai vu que ce qui me paraissait évident. L'exploitation de la fragilité de ce pacte.
- Vous avez pensé comme une politicienne. Une joueuse d'échecs. Pas une protectrice.
- Vous pouvez le dire. Ce sont les démons qui cherchent les petites lignes."
Son regard glissa sur sa main gauche où, quelques heures plus tôt, une marque éthérée avait été gravée. Ténétiel avait toujours été singulière, mais elle ne l’avait jamais imaginée aussi… différente. Bientôt, elle saurait si cette charge lui reviendrait, ou si Célestin en hériterait à sa place. Le goût amer des trahisons emplit la bouche. Au final, Seluna avait réparé son erreur plus vite qu'elle ne l'aurait cru, et en même temps elle se demandait pourquoi elle n'avait pas pensé à son sang de Valsonge plus tôt. Qu'importe la haine qu'elle pouvait avoir envers ses parents et sa famille, elle avait agi comme eux : la fin justifie les moyens. Lenore poussa un énième soupir. Il était inutile de lui rendre son titre de protectrice dès maintenant. Seluna avait comblé sa faute, certes, mais elle allait devoir le mériter à nouveau. Comme elle en tant que cheffe de la délégation auprès d'Adrien de Fortemps-Beson.
"Lorsque vous retournerez à Staodan, je souhaite que Ténétiel soit à vos côtés dans chacune de vos actions, qu'elle se rende avec vous dans chaque lieu où vous irez."
Un nouveau frisson remonta le long de son dos. C'est vrai, elle avait froid. Elle laissa là son armure, préférant saisir le long peignoir posé près du lit, lorsqu’un froissement attira son attention. Son époux venait de se réveiller. Lenore se tourna pour le voir assis, toujours aussi assuré, son regard ancré dans le sien. À présent haut dans le ciel des Contreforts, le soleil filtrait à travers les interstices laissés par les rideaux de velours, caressant d’une lueur dorée le torse marqué de l’aigle. Il ne prononça pas un mot, mais elle n’en avait pas besoin. La volonté parlait d’elle-même. Ses doigts glissèrent du tissu qu’elle s’apprêtait à enfiler, et dans un silence entendu, elle revint vers le lit.
Son départ pour Staodan pouvait bien attendre quelques heures de plus.

Jour 25 : Le roi est mort. Vive la Reine.
Lorsqu’ils foulèrent à nouveau le sol de Limani, après des négociations réussies avec le Haut Général Nubilis, c’était avec l’espoir d’éteindre ce conflit fratricide avant qu’il ne soit trop tard. La citadelle n’était déjà plus qu’un champ de ruines éventré par le feu des armes magiteks, les murs noircis par les explosions et les corps amoncelés sur les pavés. Trop. C'était trop.
Dans le creux de son ventre, jusque dans son âme, elle sentit ce poids, cet appel qu’elle connaissait trop bien. Un frisson remonta le long de son échine. La mort. Partout. Elle aurait voulu hurler, s’effondrer, mais ce n’était ni la peine ni la tristesse qui lui nouait la gorge. C'était la mort elle-même qui venait la prévenir. Elle pressa les lèvres, serra les poings. Pas maintenant. Pas ici. Elle devait avancer. Inspirer ses hommes. Continuer.
"Vite, regagnons la salle du trône !"
En chemin, elle avait voulu plier la volonté de ces faucheurs venus les "accueillir", mais il avait été plus sage de les laisser partir. La situation était déjà bien trop critique pour se risquer à un affrontement inutile. Elle avait confiance en Dorian et Adalheid, tout comme en sa propre magie, mais leur priorité restait ailleurs. Rejoindre l’autre groupe. Retrouver Gadiel. Elle ravala ce cri qui brûlait en elle. Ce n’était ni le lieu ni le moment.
"Rassemblez-les, je vais les soigner !
- Le… le Roi…"
Dorian se précipita vers Adonis, son armure souillée de sang, des plaies béantes marquant sa chair sous le métal brisé. Plus loin, Lucien et Mordred restaient inertes, vidés de leur force, la vie s’échappant trop vite d’eux. Elle faisait ce qu’elle pouvait, mais ses mains seules ne suffisaient pas. Alors elle chanta. Une mélodie douce, spectrale, qui glissa sur leurs blessures comme une caresse éphémère, leur arrachant un répit, un souffle, quelques minutes de plus.
Lucien, reprenant ses esprits, ouvrit les yeux et la fixa avant de murmurer :
"Ermengard… Il est devant…"
Elle cilla, interdite, mais n’eut pas le temps d’assimiler l’information. Déjà, Adalheid l’agrippait, la tirant sans un mot vers l’entrée de la salle du trône.
Lenore ferma les yeux au son sourd du poing de Dorian frappant le mur derrière elle à l'annonce officielle de la mort du roi Gadiel. Ils étaient arrivés trop tard, et l'autre groupe n'avait pas su empêcher ces faucheurs de l'assassinat du roi. Le roi gisait sur son trône, son sang chaud s'écoulant encore de la plaie béante qui lacérait son flanc. Son regard vide fixait l’infini, ses lèvres, rougeoyantes, figées dans une dernière parole qu’il n’avait jamais pu prononcer. Les pleurs et les cris de désespoir d'Aarin résonnaient à travers la salle, mais Lenore n'entendait rien d'autre qu'un silence assourdissant. Tout était si calme, si paisible en elle. L’appel de la mort s’était tu. Parce que la mort avait déjà fait son œuvre. Elle aurait dû le voir. Elle aurait dû le comprendre. Depuis leur arrivée à Limani, elle baignait dans un océan de morts, submergée par leurs échos. Mais cette fois, elle n’avait pas su entendre. Et maintenant… il ne restait plus que ce vide. Ce silence pesant. Un soulagement déchirant. Un soulagement dont elle se sentait coupable.
"Le roi est mort. Vive la reine." souffla-t-elle, interdite.
Son regard suivit Ermengard qui quittait lentement la salle, la tête basse, un document taché de sang entre les mains. Aussi lourde fut sa tâche, il avait assuré la stabilité future de Staodan en obtenant, avant son dernier souffle, la signature de feu le roi Gadiel.
Le nom de la prochaine reine y était inscrit.
Dans le creux de son ventre, jusque dans son âme, elle sentit ce poids, cet appel qu’elle connaissait trop bien. Un frisson remonta le long de son échine. La mort. Partout. Elle aurait voulu hurler, s’effondrer, mais ce n’était ni la peine ni la tristesse qui lui nouait la gorge. C'était la mort elle-même qui venait la prévenir. Elle pressa les lèvres, serra les poings. Pas maintenant. Pas ici. Elle devait avancer. Inspirer ses hommes. Continuer.
"Vite, regagnons la salle du trône !"
En chemin, elle avait voulu plier la volonté de ces faucheurs venus les "accueillir", mais il avait été plus sage de les laisser partir. La situation était déjà bien trop critique pour se risquer à un affrontement inutile. Elle avait confiance en Dorian et Adalheid, tout comme en sa propre magie, mais leur priorité restait ailleurs. Rejoindre l’autre groupe. Retrouver Gadiel. Elle ravala ce cri qui brûlait en elle. Ce n’était ni le lieu ni le moment.
"Rassemblez-les, je vais les soigner !
- Le… le Roi…"
Dorian se précipita vers Adonis, son armure souillée de sang, des plaies béantes marquant sa chair sous le métal brisé. Plus loin, Lucien et Mordred restaient inertes, vidés de leur force, la vie s’échappant trop vite d’eux. Elle faisait ce qu’elle pouvait, mais ses mains seules ne suffisaient pas. Alors elle chanta. Une mélodie douce, spectrale, qui glissa sur leurs blessures comme une caresse éphémère, leur arrachant un répit, un souffle, quelques minutes de plus.
Lucien, reprenant ses esprits, ouvrit les yeux et la fixa avant de murmurer :
"Ermengard… Il est devant…"
Elle cilla, interdite, mais n’eut pas le temps d’assimiler l’information. Déjà, Adalheid l’agrippait, la tirant sans un mot vers l’entrée de la salle du trône.
Lenore ferma les yeux au son sourd du poing de Dorian frappant le mur derrière elle à l'annonce officielle de la mort du roi Gadiel. Ils étaient arrivés trop tard, et l'autre groupe n'avait pas su empêcher ces faucheurs de l'assassinat du roi. Le roi gisait sur son trône, son sang chaud s'écoulant encore de la plaie béante qui lacérait son flanc. Son regard vide fixait l’infini, ses lèvres, rougeoyantes, figées dans une dernière parole qu’il n’avait jamais pu prononcer. Les pleurs et les cris de désespoir d'Aarin résonnaient à travers la salle, mais Lenore n'entendait rien d'autre qu'un silence assourdissant. Tout était si calme, si paisible en elle. L’appel de la mort s’était tu. Parce que la mort avait déjà fait son œuvre. Elle aurait dû le voir. Elle aurait dû le comprendre. Depuis leur arrivée à Limani, elle baignait dans un océan de morts, submergée par leurs échos. Mais cette fois, elle n’avait pas su entendre. Et maintenant… il ne restait plus que ce vide. Ce silence pesant. Un soulagement déchirant. Un soulagement dont elle se sentait coupable.
"Le roi est mort. Vive la reine." souffla-t-elle, interdite.
Son regard suivit Ermengard qui quittait lentement la salle, la tête basse, un document taché de sang entre les mains. Aussi lourde fut sa tâche, il avait assuré la stabilité future de Staodan en obtenant, avant son dernier souffle, la signature de feu le roi Gadiel.
Le nom de la prochaine reine y était inscrit.
Aarin.

Jour 45 : Les intérêts d'Ishgard
Elle patientait encore dans ce long couloir où les ombres s’étiraient sur les murs de pierre. Elle se sentait toujours affaiblie par le malaise survenu deux jours plus tôt, mais il y avait plus important à ses yeux. Dorian ne la quittait pas du regard, il refusait de le faire depuis qu’il avait appris la nouvelle. De quoi alimenter leur prochaine dispute. Mais encore une fois, il y avait plus urgent. Non loin, Ermengard tapotait nerveusement son genou du bout des doigts. Il y avait plus confortable comme siège, mais tant qu’il n’irait pas mieux, cette bonne vieille chaise roulante ferait l’affaire.
Cela faisait maintenant quelques semaines qu’ils avaient achevé leur mission à Staodan. Au lendemain du couronnement d’Aarin, Lenore avait regagné Ishgard, prétextant qu’elle devait encore régler quelques affaires, à commencer par un entretien avec un membre du ministère. La réalité était toute autre : ses enfants et son mari lui manquaient, la pression sur ses épaules était devenue étouffante, son sommeil éparse, et dans le silence de ses nuits, elle entendait encore les cris et les pleurs de ceux qui avaient péri. Il lui fallait de l’air. Cruelle ironie pour une nation qui venait tout juste de briser le joug de l’Empire une seconde fois.
La grande porte s’ouvrit enfin, laissant apparaître une élezenne aux lunettes rondes qui s’inclina brièvement.
"Messire Adrien de Fortemps-Beson va vous recevoir. Veuillez me suivre."
Cela faisait maintenant quelques semaines qu’ils avaient achevé leur mission à Staodan. Au lendemain du couronnement d’Aarin, Lenore avait regagné Ishgard, prétextant qu’elle devait encore régler quelques affaires, à commencer par un entretien avec un membre du ministère. La réalité était toute autre : ses enfants et son mari lui manquaient, la pression sur ses épaules était devenue étouffante, son sommeil éparse, et dans le silence de ses nuits, elle entendait encore les cris et les pleurs de ceux qui avaient péri. Il lui fallait de l’air. Cruelle ironie pour une nation qui venait tout juste de briser le joug de l’Empire une seconde fois.
La grande porte s’ouvrit enfin, laissant apparaître une élezenne aux lunettes rondes qui s’inclina brièvement.
"Messire Adrien de Fortemps-Beson va vous recevoir. Veuillez me suivre."
C'était à leur tour.

"Vous êtes enceinte, Dame Lenore. Félicitations."
Elle ouvrit les yeux, s’éveillant seule une fois de plus dans le lit conjugal. Presque deux semaines s'étaient écoulées sans qu'elle ne put réellement profiter de sa chaleur. Le silence de ses appartements résonnait à peine sous le pas feutré des domestiques s’activant dans les couloirs. L’annonce du banquet en l’honneur de l’introduction des Belmont dans le vicomté de Gévaudan avait suscité un engouement certain, et déjà, les préparatifs allaient bon train. Tout le monde s’affairait. Elle devait se lever aussi. Dans quelques heures se tiendrait le jugement de Lloydrant. Désobéissance, insultes, menaces proférées contre un membre de la famille régente... Elle savait ce qu'elle avait à faire, mais ne savait pas encore comment. Pas quand il s’agissait d’un homme qui avait abusé, isolé, contrôlé et manipulé son assistante. Pas quand, pour la première fois de sa vie, elle semblait devoir juger un homme au profil similaire à Judal.
"Vous saurez."
Assise au bord du lit, son regard glissa vers les draps froids et vides. Il devait être au tribunal. Ses sourcils se froncèrent.
"Oui, je saurais."

"Vicomtesse, tout est prêt. Les agents Argos et Isolde et mademoiselle de Valsonge sont arrivés.
- Bien, allons-y en ce cas."
Lenore se leva de son bureau, abandonnant sa plume sur la lettre vierge. Elle n’était finalement pas parvenue à écrire le moindre mot à l’attention d’Anaëlle et de sa famille. Depuis qu’elle avait contribué à son ascension au rang de baronne, la fierté de l’avoir menée jusque-là s’était peu à peu effacée, remplacée par un vide de plus en plus grand. Un vide qu’accentuait l’absence de Seluna depuis qu'elle l'avait renvoyée de son statut de limier pour faute grave. Oh, elle pouvait bien se dire que c’était mérité, qu’elle l’avait déçue au plus haut point, qu’Anaëlle aussi était aujourd’hui l’une de ses plus grandes fiertés et qu'elle ne voulait guère l'importuner alors qu'elle prenait en main les rennes de sa famille… Mais la vérité, c’est qu’elle n’était plus autant cette femme au cœur de givre dont les rumeurs se délectaient tant.
Elle s’arrêta devant le miroir, ajustant son collier frontal. La femme qui lui faisait face n’avait plus rien de celle qui, quatre ans plus tôt, avait endossé les titres de ses parents. Celle au regard plus froid que le blizzard, celle qui ne laissait personne l’approcher, avait rouvert une porte qu’elle croyait pourtant verrouillée à jamais. Elle ignorait quand ; le retour de Dorian d'entre les morts pouvait bien en être la raison. Ironiquement, il serait alors la clef du combat qu'il avait tenté de gagner depuis tant d'années.
Mais cela ne lui plaisait pas. Pas du tout.
Son indéfectible Anaëlle avait patiemment poli la surface du cristal, l’adoucissant peu à peu au fil des années. Mais le coup de grâce, celui qui l’avait définitivement tirée de son déni, fut la promesse de mariage entre son limier et le capitaine de Bertin. Dans quelques lunes, Seluna abandonnerait probablement les armes et s’élèverait au rang de vicomtesse. Elle endosserait alors le même titre, les mêmes devoirs qu’elle…
Elle ne remarqua pas tout de suite la tristesse dans son regard. Beaucoup aimaient lui murmurer que Seluna deviendrait une menace pour les Riverhood et le Gévaudan. Parce que le monde adorait mettre les femmes en compétition pour des raisons malveillantes. Mais c’était mal connaître l’aînée des Valsonge et sa loyauté indéfectible envers le Loup Blanc. Pire encore, c’était insulter ces heures innombrables qu’elles avaient passées à parler, à réfléchir, à "sauver le monde". Un rire jaune lui échappa, étouffé, amer. Ses paupières s’abaissèrent dans une ultime réalisation. C’était probablement ce qui allait le plus lui manquer. Cette connivence, ce tandem que nul autre n’avait jamais connu.
Car elle comprit. Après toutes ces années entourée de ceux qu'elle pouvait aujourd’hui qualifier d’amis, chose qu'elle n’aurait jamais osé s’accorder autrefois, désormais, elle découvrait pour la première fois ce sentiment de peur. La peur de la solitude.
Un frisson parcourut son échine. D’une main lasse, elle ajusta une dernière fois son collier frontal avant de tourner les talons et quitter son bureau. Elle n’avait pas le luxe d’être faible. Pas maintenant. Pas jamais.
- Bien, allons-y en ce cas."
Lenore se leva de son bureau, abandonnant sa plume sur la lettre vierge. Elle n’était finalement pas parvenue à écrire le moindre mot à l’attention d’Anaëlle et de sa famille. Depuis qu’elle avait contribué à son ascension au rang de baronne, la fierté de l’avoir menée jusque-là s’était peu à peu effacée, remplacée par un vide de plus en plus grand. Un vide qu’accentuait l’absence de Seluna depuis qu'elle l'avait renvoyée de son statut de limier pour faute grave. Oh, elle pouvait bien se dire que c’était mérité, qu’elle l’avait déçue au plus haut point, qu’Anaëlle aussi était aujourd’hui l’une de ses plus grandes fiertés et qu'elle ne voulait guère l'importuner alors qu'elle prenait en main les rennes de sa famille… Mais la vérité, c’est qu’elle n’était plus autant cette femme au cœur de givre dont les rumeurs se délectaient tant.
Elle s’arrêta devant le miroir, ajustant son collier frontal. La femme qui lui faisait face n’avait plus rien de celle qui, quatre ans plus tôt, avait endossé les titres de ses parents. Celle au regard plus froid que le blizzard, celle qui ne laissait personne l’approcher, avait rouvert une porte qu’elle croyait pourtant verrouillée à jamais. Elle ignorait quand ; le retour de Dorian d'entre les morts pouvait bien en être la raison. Ironiquement, il serait alors la clef du combat qu'il avait tenté de gagner depuis tant d'années.
Mais cela ne lui plaisait pas. Pas du tout.
Son indéfectible Anaëlle avait patiemment poli la surface du cristal, l’adoucissant peu à peu au fil des années. Mais le coup de grâce, celui qui l’avait définitivement tirée de son déni, fut la promesse de mariage entre son limier et le capitaine de Bertin. Dans quelques lunes, Seluna abandonnerait probablement les armes et s’élèverait au rang de vicomtesse. Elle endosserait alors le même titre, les mêmes devoirs qu’elle…
Elle ne remarqua pas tout de suite la tristesse dans son regard. Beaucoup aimaient lui murmurer que Seluna deviendrait une menace pour les Riverhood et le Gévaudan. Parce que le monde adorait mettre les femmes en compétition pour des raisons malveillantes. Mais c’était mal connaître l’aînée des Valsonge et sa loyauté indéfectible envers le Loup Blanc. Pire encore, c’était insulter ces heures innombrables qu’elles avaient passées à parler, à réfléchir, à "sauver le monde". Un rire jaune lui échappa, étouffé, amer. Ses paupières s’abaissèrent dans une ultime réalisation. C’était probablement ce qui allait le plus lui manquer. Cette connivence, ce tandem que nul autre n’avait jamais connu.
Car elle comprit. Après toutes ces années entourée de ceux qu'elle pouvait aujourd’hui qualifier d’amis, chose qu'elle n’aurait jamais osé s’accorder autrefois, désormais, elle découvrait pour la première fois ce sentiment de peur. La peur de la solitude.
Un frisson parcourut son échine. D’une main lasse, elle ajusta une dernière fois son collier frontal avant de tourner les talons et quitter son bureau. Elle n’avait pas le luxe d’être faible. Pas maintenant. Pas jamais.


"Vous êtes tombé sur la mauvaise régente, messire d'Aurelce."
La pièce était lourde de tension, chaque personne présente en ressentant le poids. Au centre de la salle d'audience, Lloydrant faisait face à Lenore assise sur son trône, le regard plus perçant que jamais. À le regarder, elle repensait à Talaelys qui se tenait à côté d'elle. À ce qu'il avait pu lui faire, cette manipulation, ce contrôle et emprise qu'il avait sur elle. C'en était à vomir.
"Je pourrais dire bien des choses sur cette relation que vous entretenez avec Talaelys... Mais en réalité, messire d'Aurelce, ce n'est pas pour cela que je vous convoque avant tout. S'il est vrai que je ne peux garder à mes côtés un homme qui a souillé la virginité d'une femme de sang bleu, consciente de son statut de fille illégitime, et qui l'empêche d'apprendre à son rythme, ce n'est pourtant pas la principale raison de votre présence ici."
Elle marqua une pause, le temps d’apaiser le brasier qui s’embrasait dans ses entrailles. Elle gonfla alors sa poitrine.
"Je ne peux décemment vous garder à Gévaudan pour une raison bien plus simple : votre insolence fait de vous une tare pour l'Ordre de la Tour. Les Riverhood sont stricts et recherchent la perfection. Il était de votre devoir de suivre les ordres de l'Ordre, tout comme de témoigner du respect aux membres de la famille régente. Mais voilà, votre arrogance et votre attitude —qui, d'après Talaelys, "n'est pas ainsi en privé"— ne sauraient trouver leur place ici. Gévaudan exige l'élitisme et la rigueur. En conséquence, votre statut d'agent de la Tour est révoqué, et vous êtes banni du vicomté pour les chefs d'accusation énoncés."
Une fois la sentence prononcée, la tension retomba avec elle. Pourtant, elle en attendait plus. Lloydrant expira en silence, les épaules voûtées.
"... Entendu."
Elle serra les poings en le voyant s’éloigner. Qu’il ne cherche même pas à se défendre ni à demander pardon raviva en elle ce brasier qu’elle croyait éteint. Encore un homme trop fier, préférant partir plutôt que d’admettre ses torts. Il n’avait rien d’un Judal et une fois de plus, elle avait eu raison de l'écarter.
La pièce était lourde de tension, chaque personne présente en ressentant le poids. Au centre de la salle d'audience, Lloydrant faisait face à Lenore assise sur son trône, le regard plus perçant que jamais. À le regarder, elle repensait à Talaelys qui se tenait à côté d'elle. À ce qu'il avait pu lui faire, cette manipulation, ce contrôle et emprise qu'il avait sur elle. C'en était à vomir.
"Je pourrais dire bien des choses sur cette relation que vous entretenez avec Talaelys... Mais en réalité, messire d'Aurelce, ce n'est pas pour cela que je vous convoque avant tout. S'il est vrai que je ne peux garder à mes côtés un homme qui a souillé la virginité d'une femme de sang bleu, consciente de son statut de fille illégitime, et qui l'empêche d'apprendre à son rythme, ce n'est pourtant pas la principale raison de votre présence ici."
Elle marqua une pause, le temps d’apaiser le brasier qui s’embrasait dans ses entrailles. Elle gonfla alors sa poitrine.
"Je ne peux décemment vous garder à Gévaudan pour une raison bien plus simple : votre insolence fait de vous une tare pour l'Ordre de la Tour. Les Riverhood sont stricts et recherchent la perfection. Il était de votre devoir de suivre les ordres de l'Ordre, tout comme de témoigner du respect aux membres de la famille régente. Mais voilà, votre arrogance et votre attitude —qui, d'après Talaelys, "n'est pas ainsi en privé"— ne sauraient trouver leur place ici. Gévaudan exige l'élitisme et la rigueur. En conséquence, votre statut d'agent de la Tour est révoqué, et vous êtes banni du vicomté pour les chefs d'accusation énoncés."
Une fois la sentence prononcée, la tension retomba avec elle. Pourtant, elle en attendait plus. Lloydrant expira en silence, les épaules voûtées.
"... Entendu."
Elle serra les poings en le voyant s’éloigner. Qu’il ne cherche même pas à se défendre ni à demander pardon raviva en elle ce brasier qu’elle croyait éteint. Encore un homme trop fier, préférant partir plutôt que d’admettre ses torts. Il n’avait rien d’un Judal et une fois de plus, elle avait eu raison de l'écarter.

Après avoir enfilé sa longue nuisette de dentelle, Lenore avait congédié les domestiques avant de s’asseoir devant sa coiffeuse, brossant ses cheveux d’un geste las. Malgré quelques relents de nausée, la soirée des demi-finales du Tournoi de Halone avait surpassé ses attentes. Non pas un, mais deux paris remportés en faveur des Ishgardais qu’elle soutenait. Une fois n'est pas coutume, son nationalisme avait trouvé de quoi se satisfaire. Elle réprima un rire intérieur en repensant à ceux qui clamaient haut et fort vouloir la victoire d’un étranger, sous prétexte de vouloir "calmer les ishgardais". Le racisme allait dans les deux sens, mais le moins que l'on puisse dire, c'est que le tournoi vivait au rythme des rivalités naissantes.
"Sachez que vous n'êtes pas la seule à avoir gagné, ce soir" déclara Derek en fermant la porte derrière lui, un sourire victorieux aux lèvres.
"Vous gagnez toujours," répliqua-t-elle, amusée. "Ou du moins, c’est ce que vous aimez me dire.
- Oui, mais cette fois, j’ai gagné pour vous."
Elle se retourna brusquement après avoir noué sa longue natte.
"Pour... moi ?
- Vilauclaire a fait taire l’enquête de l’Inquisition sur vous, Lloydrant et Talaelys. Avelyn n’a ni porté plainte ni élevé la moindre protestation. S’ils persistent, c’est un procès qu’ils auront à affronter."
L’aigle s’approcha et déposa un baiser sur son front, sa main se posant sur sa nuque. Elle fronça les sourcils, la culpabilité naissant dans son regard.
"Il a suffi d’une seule erreur de ma part, d’un instant d’instabilité… et…
- Lenore."
Sa main glissa de sa nuque jusqu’à son menton, qu’il releva doucement. Son sourire audacieux, teinté d’insolence et de détermination, illuminait son visage.
"Vous ne l’avez pas fait pour la torturer, mais pour faire avancer une enquête que ces deux têtus n’auraient jamais menée à bien autrement. Ce n’était qu’un instant, pas une éternité. Et, si je ne m’abuse, vous portiez déjà notre troisième enfant sans même que nous le sachions. Les hormones, ça peut provoquer bien des surprises."
Un silence tomba entre eux. Pendant un moment, elle ne sut quoi répondre. La culpabilité ne s’effaçait pas, mais elle savait qu’elle ne mènerait à rien si elle continuait à s’y accrocher. Une seule émotion prit le pas sur toutes les autres.
"Sachez que vous n'êtes pas la seule à avoir gagné, ce soir" déclara Derek en fermant la porte derrière lui, un sourire victorieux aux lèvres.
"Vous gagnez toujours," répliqua-t-elle, amusée. "Ou du moins, c’est ce que vous aimez me dire.
- Oui, mais cette fois, j’ai gagné pour vous."
Elle se retourna brusquement après avoir noué sa longue natte.
"Pour... moi ?
- Vilauclaire a fait taire l’enquête de l’Inquisition sur vous, Lloydrant et Talaelys. Avelyn n’a ni porté plainte ni élevé la moindre protestation. S’ils persistent, c’est un procès qu’ils auront à affronter."
L’aigle s’approcha et déposa un baiser sur son front, sa main se posant sur sa nuque. Elle fronça les sourcils, la culpabilité naissant dans son regard.
"Il a suffi d’une seule erreur de ma part, d’un instant d’instabilité… et…
- Lenore."
Sa main glissa de sa nuque jusqu’à son menton, qu’il releva doucement. Son sourire audacieux, teinté d’insolence et de détermination, illuminait son visage.
"Vous ne l’avez pas fait pour la torturer, mais pour faire avancer une enquête que ces deux têtus n’auraient jamais menée à bien autrement. Ce n’était qu’un instant, pas une éternité. Et, si je ne m’abuse, vous portiez déjà notre troisième enfant sans même que nous le sachions. Les hormones, ça peut provoquer bien des surprises."
Un silence tomba entre eux. Pendant un moment, elle ne sut quoi répondre. La culpabilité ne s’effaçait pas, mais elle savait qu’elle ne mènerait à rien si elle continuait à s’y accrocher. Une seule émotion prit le pas sur toutes les autres.
"... Je ne suis pas un démon. - Et vous ne le serez jamais, Lenore. Pas même de loin." Sans crier gare, il approcha son visage du sien, son sourire disparaissant au profit d'un regard impérieux et sévère. "Quiconque osera vous accuser de la sorte à nouveau sera noyer sous tellement de procès et de paperasses qu'ils en étoufferont. Je donnerai aux dindes d’Ishgard une année entière de ragots et j’effacerai de l’histoire le nom de ceux qui auront osé s’approcher de vous." Elle frémit, retrouvant les sensations de leurs premières confessions. L’espace d’un instant, elle eut l’étrange impression de voyager cinq ans en arrière. Derek resta ainsi, tout près, pendant de longues secondes qui lui semblèrent durer une éternité, avant de sceller sa promesse d’un baiser profond. Un frisson électrique remonta le long de son échine. À cet instant précis, entre les bras de son époux, Lenore savait qu’elle ne pouvait être plus en sécurité. | ![]() |
Et même sur le fil du rasoir, elle ne tomberait pas.